Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 13:02

 

Islande-routes5

 

La route vers l'Islande était nettement plus courte que la route vers Terre Neuve. Pour les Dunkerquois elle se fai­sait par l'Est de l'Angleterre et les Féroë (R3), mais les Bretons lais­saient à tribord les Iles Scilly (Sorlingues) du Cornwall Britanni­que puis le célèbre rocher du Fastnet au Sud Ouest de l'Irlande pour faire atterrage sur la côte Sud de l’Islande (R1) en ayant soin de parer le sinistre rocher « Rockall ». 


280px-Rockall - geograph.org.uk - 1048821

      L’Île de Rockall, base 25m, hauteur 22m, revendiquée par le Danemark, l’Irlande et l’Islande, fut annexée par le Royaume-Uni en 1955. Plusieurs naufrages se sont produits dans ces parages. Citons en 1904 la perte du SS NORGE (3318 T) faisant 635 victimes sur les 700 émigrants à son bord. Le rocher est appelé Men Kaoc’h par les Bretons à cause des fientes d’oiseaux de mer, bien visibles sur la photo.

 

(Photo Andy Strangeway – Wikipedia)

 

Le voyage demandait huit à douze jours. On raconte que quelques captains de navires chasseurs ne seraient pas arrivés à trouver l’Islande mais cela semble une plai­santerie de Paimpolais vis à vis des Pleubiannais dont ils étaient clients. La route plus directe par le Canal Saint Georges entre l'Irlande et l'Angleter­re (R2) ne demandait que cinq à six jours mais exposait à rencontrer des écueils . Le retour était toujours plus long à cause de la charge des navires et des salissures déposées sur la coque.

 

Avant 1864 il ne se faisait qu'une campagne printemps-été comme ceux de Dunkerque et Gravelines, le règlement interdisant le départ avant le premier avril. Rapidement les Bretons obtinrent de partir au début de février pour une campagne d'hiver, quittant le pays à la première grande marée du mois, après le pardon des Islan­dais. La deuxième campagne de printemps-été finissait normalement à la Sainte Marie de la mi-aout, sauf prolongement en cas de pêche insuffisante.

Entre deux campagnes, les navires stationnent en rade dans un fjord où ils étaient déchargés de leur première cargaison par des navires armés au long cours appelés « chasseurs » (du vieux français chasser = aller chercher) fournis par Paimpol et surtout Pleubian qui n'armait pas à la pêche mais au cabotage. Le séjour en rade permettait le décrassage du navire et aussi de l'équipage qui pouvait pro­fiter des sources chaudes pour se laver la couenne et les hardes, car il est évident qu'une activité com­me la pêche intense en espace restreint ne favorisait pas l'hy­giène à bord, C’était un avantage sur les dorissiers du Banc qui ne touchaient pas terre pendant six mois.


La première pêche d'hiver était assez dure à cause des condi­tions climatiques, mais elle était réclamée par tous, armateurs, ca­pitaines et matelots à cause de sa rentabilité. Ils prétendaient que les dunkerquois qui partaient après eux, mais mal équipés,  avaient encore plus de pertes car le danger provenait des tempêtes d'avril, déclanchées par la fonte des neiges.


Plus que l'inconfort, le problème de l'Islande aurait été le risque de pertes humaines. A Paimpol on compte en 83 ans plus de 100 nau­frages avec 2000 disparus (Avril-Quéméré) chiffre exagéré du à une évaluation sans comptabilité car la majorité des naufrages n’étaient pas corps et biens.

A Dahouët, toutes proportions gardées par rapport au nombre quatre fois supérieur des Paimpolais, on est loin der­rière. Sur 42 navires islandais retrouvés (chiffre au dessous de la réalité) 8 ont disparu là bas: le Nouveau Trois Frères, la Marie Berthe, le BC, l'Arthur, l'Isabelle et Marie, le Capelan, le Glaneur, et le Saint Michel (le Saint Michel avait son armateur d’Erquy, son équipage de Pléneuf et Erquy et partait de Dahouët). A remarquer que pour 8 islandais disparus là bas, 6 autres ont fait naufrage au cours du voyage d'hiver en Espagne et Portugal pour livrer le poisson et ramener du sel. Cette activité de cabotage de fin d'année était générale à la fin de la saison de pêche.


Les danois ne permettant pas la pêche à partir de la terre et l'insécurité des flots rendant dangereuse la pêche en annexe,  celle ci se faisait du bord au vent sur le navire en dérive guidée.


En pêche en Islande800

En pêche le long du bord


Les hommes rangés le long du pavois agitaient leurs lignes à main sur un cabillot fendu appelé mèque (terme picard pour mèche). Le poisson remonté en force était élangué par son pêcheur qui conservait la pièce à con­viction pour les comptes. Il était passé à la bordée d'habillage qui le décollait (coupait le cou), l’éberguait (éventrait) et l’énoctait (enlever l'arête et la vessie) pour passer au saleur en cale. Les dunkerquois ne salaient pas en cale mais en barriques, qui beau­coup restaient en pontée ce qui affligeait la stabilité du bateau. Pendant ce temps la troisième bordée se reposait, si du moins elle n'était pas appelée en renfort.


Les conditions de vie sur les goélettes ont été très décriées en particulier par les messieurs de la Royale, stationnaires d'Is­lande (surveillants). C'est vrai qu'elles étaient  dures et que les pelletas, paysans marins six mois de l’année, devaient regretter le plancher des vaches, surtout pendant la campagne d'hiver. Il ne faudrait quand même pas en rajouter car Il y avait :

  • des hôpitaux français avec interprètes bretons sur l’île,
  • une surveillance et assistance par les stationnaires,
  • un embarquement de vivres en quantité nettement définie par les autorités avec peut-être trop de libéralisme pour l'alcool, mais une grande partie de celui-ci servait comme monnaie de troc avec les gens du pays.

 


Les ca­pitaines surveillaient avant le départ l'entretien du navire et l'embarquement des vivres et agrès. Evidemment les mois passant la situation se dégradait.

La désolation ne semblait pas régner à bord ; au moment du dé­part nous avons vu la Rachel et le Saint mARC régater pour sortir de Dahouët (voir article précédent). On est loin de la scène d'embarquement pour Terre Neuve décrite par Jean Conan à Paimpol en 1787. Horrible ! :


« Les pères et mères, à l'idée de ne plus revoir leurs enfants, criaient. Les matelots ivres criaient adieu à leurs femmes, les tam­bours et les coups de canon retentissaient ; moi j'avais le coeur saisi et épouvanté »


Les déserteurs de la dernière heure étaient en général des lous­tics qui avaient signé plusieurs engagements pour toucher les a­vances. Ce n'était sans doute pas une habitude de se jeter sur sa paillasse tout habillé puisqu'on voit les marins de la Jeanne, ca­pitaine Boscher, arriver pieds nus et en caleçon sur le pont, le branle bas d'urgence étant déclanché. Le rendement de la pêche était il l'obsession du capitaine Gallais du dundee Andrée qui, n'ayant pas pu débarquer en Islande le blessé Joseph Chrétien, les deux jambes cassées, le ramène direc­tement à Dahouët ?


Avant de sourire des connaissances médicales du maître à bord et des possibilités de son coffre à médicaments, il faudrait se demander si les possibilités médicales de l'époque n'étaient pas plutôt réduites. Lisez donc le Publicateur du 13 avril 1861 :


"Elle avait contracté cette maladie pour avoir été mordue, dix jours auparavant, par un chien enragé. Le médecin de la maison, qui la traitait, voyant au bout de quinze jours que ses remèdes ne faisaient rien sur elle, avait déclaré le cas incurable et or­donné en dernier ressort de l'étouffer entre deux matelas"


On peut croire que si la "grande pêche" (Terre Neuve) et la pê­che "à Islande" n'étaient pas des parties de plaisir mais un du­re nécessité, la vie à la terre pour les petites gens, les "tud rouz" en breton, n'était pas des plus roses. En six à sept mois l' Islandais gagnait en moyenne deux fois plus que chez lui dans u­ne année, pour une campagne normale du moins car il était rétri­bué à la part de bénéfice qui pouvait être médiocre par la fai­blesse de la production, de la commercialisation. de la conserva­tion. Les mois d'hiver pouvaient être occupés par le retour à la terre ou aux carrières de grès, l’embarquement au cabotage pour l'Es­pagne ou le Portugal ou "faire courir ses invalides" par ins­cription sur le rôle d'un pêcheur côtier (trois sorties minimum par semaine).


La pêche sur les grands voiliers de Dahouët, malgré l’utilisation vers 1900 de trois-mâts bivalents (Islande et Terre Neuve) à moteur auxiliaire et plus spacieux, résista mal à la raréfaction­ des équipages par l'augmentation du niveau de vie, la concur­rence de la Royale et de la Marchande. Seul Binic essaiera de sui­vre un Paimpol en perte de vitesse. L'hémorragie de 1914-1918 précipitera la fin pour tout le monde.


Les chiffres des grands voiliers de pêche donnés pour 1912 : Paimpol 20, Binic 7, Le Légué 1, Dahouët 1 sont inexacts. Car si De Kerjégu d'Erquy fait encore partir une goélette du Légué, Carfantan de Dahouët, qui a perdu le Glaneur en 1910 fait encore travailler la Paulette, la Henriette, la Mathil­de et le Léon. Après la guerre restera la Paulette vendue en 1921 à St Servan et le Léon mis à pourrir le long du quai en 1929, tous deux essayant tantôt Islande tantôt Terre Neuve.


Et c'est la fin d'une histoire peu connue commencée avec la Jacquette de Dahouët en 1510 « tans en la coste de Bretaigne, de Terre Neuffve, Islandre que ailleurs »

 .

Mais pourquoi donc, gonflés par les littérateurs et les bardes de caf'conç, les Paimpolais ne veulent voir dans leurs anciens compagnons de travail et souvent de misère, Dahouët, Le Légué, Binic, Portrieux, Tréguier, Pontrieux que « des rivaux presque médiocres » (Kerlévéo,Paimpol au temps d'Islande T1 P 118) ?

JG 

Par APMD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 12 avril 2012 4 12 /04 /Avr /2012 15:57

La pêche à Terre Neuve se faisait à l'aide de bricks et plus tard de trois mâts, bâtiments adaptés aux grandes traversées avec des vents charretiers (vents portants).

Dans le cas de la pêche sédentaire, le navire mouillé dans le havre, les hommes partaient en chaloupes du "chaffaud" (échafaud : wharf en bois permettant l'accostage des chaloupes à toute heure de marée) pour aller pêcher à la senne (grand filet) ou à la ligne à main. Chaque soir la morue pêchée était débarquée au chaffaud puis traitée, salée et mise à sécher sur les galets, sur des branches ou des "vignots" (claies).

Dans le cas de pêche au Banc ils allaient sur des chaloupes allonger des lignes de fond ou "harouelles" en rayonnant autour du bâtiment ancré au grand large. Après 1880, ils utilisaient des doris qui avaient l'avantage de pouvoir être empilés pour prendre moins de place.


En Islande, par suite de l'interdiction de pêche dans les eaux territoriales et de l'insécurité de la mer pour les annexes, elle se faisait à la ligne à main, du bord du navire dérivant, hommes placés du coté au vent. Ce bâtiment était pour les bretons, si l'on en croit les bardes du Goëlo, des goélettes de type dit paimpolais. Vu les déplacements continuels dans des eaux côtières à risque, elles avaient des qualités manœuvrières pour remonter au vent et échapper au drossage à la côte.


Curieusement les islandais de Dahouët sont rarement des goélettes en provenance de Paimpol. Les navires achetés à Paimpol par les arma­teurs de Dahouët semblent d’ailleurs rares, on ne relève que la Julie de Du­rand qui était un chasseur de Terre Neuve et le LEON de Carfantan.


Les "Islandais" sont même ­loin d'être tous des goélettes, celles-ci ne s’imposent qu’en fin de siècle.


De 1860 à 1870 on relève ainsi :

Six lougres ou bisquines dont une de St Valéry, une de Dunkerque et deux de St Vaast

Cinq goélettes dont une de Dahouët et une de Bayonne.

 

De 1880 à 1890 on relève :

Cinq goélettes dont deux de Chantenay, deux du Légué, une de Gauviac

Un ketch de Jersey

Quatre lougres ou bisquines de Fécamp.

 

 

De 1890 à 1900 disparaissent les lougres et bisquines. Ce n'est pas leur taille ni un manque de qualités manœuvrières qui sont la cause de leur disparition mais le marché français n'en offre plus(Lacroîx,"Ies derniers voiliers caboteurs" p 20) Ils étaient pour­tant renommés pour la solidité de leur construction et leur lon­gévité. 

"Ils semblaient défier les années et l'on en vit démolir qui parais­saient inusables''

Ce qui n’était pas le cas des goélettes, surtout les dernières. En Islande une goélette était normalement utilisée 10 à 12 ans et elle était reversée ensuite à une utilisation plus tranquille comme le cabotage, si possible en évitant la Manche et ses échouages. La pro­duction paimpolaise, à coté de qualité de bonnes manœuvrières, n’é­tait pas renommée pour sa longévité. Ce qui n'empêchait pas les Paimpolais de garder quelques vieilles carcasses mais beaucoup moins que dans la flotte de Dunkerque.

De 1890 à 1900 on retrouve à Dahouët cinq goélettes de Chantenay, cinq de Saint Malo et voisinage, trois de Dunkerque, Boulogne et Fécamp.


Ces trois nordistes joints à deux dundees font poser la question de la transformation des dundees en goélettes sans guibre (pièce d’étrave incurvée supportant le beaupré), qui sem­blent fréquentes à Dahouët au moins au niveau des caboteurs, c'est pourquoi certaines "goélettes" ou réputées telles dans les souvenirs sont inscrites "dundees" par les Affaires Maritimes. C'est le cas du Fursy de chez Durand arrivé dundee à Dahouët de Gravelines avec son mât basculant et transformé à Saint Malo. Le dundee (mât arrière plus court) est l'islandais fa­vori de l'Europe du Nord (Angleterre Est, Féroë, Danemark) et con­currence les goélettes (mât avant plus court) à Dunkerque et Gravelines.


Mais au début du XXème siècle, ce sont des trois mâts de type terre-neuva qui apparaissent à Dahouët (Mathilde, Henriet­te, Paulette, Glaneur ). C'est qu'en effet Leon Carfantan hésite entre les deux destinations, Terre Neuve ou Islande, on arrive même à essayer les deux dans la même campagne (Mathilde 1898). Dès après 1900 il est clair que Dahouët, malgré un nombre respectable d'embarquements (plus que Bi­nic) ne fera pas une aussi longue carrière que Binic et Paimpol en Islande. Il devient en effet de plus en plus difficile de re­cruter des marins locaux car les armateurs font souvent appel à des ca­pitaines ou des équipages du Trégor-Goélo où la vie est plus dure.

 

accostagePAULETTE800

Accostage de PAULETTE devant la Maison Carfantan


 

Les navires de Dahouët en Islande

 

La plupart des navires morutiers de Dahouët ayant fait campagne en Islande sont regroupés ci-dessous par Armement.

Les lettres isolées signifient :

A : acheté

C : construit

V : vendu

N : naufrage

P : perdu corps et biens


Prosper Carfantan

ALEXANDRE-EUGENE-HENRI : bisquine 39 tx. A 1857 

NAPOLEON-I  : lougre 93 tx. C Bayonne 1834

MARIA ELIA  : goélette 49 tx. C Saint Malo 1853

MIGNONNE : goélette 80 tx. C Le Légué 1852, N Cadix 1886

Léon Carfantan

JEUNE HENRIETTE : goélette 97 tx. C Le Légué 1858

ISABELLE ET MARIE : goélette 76 tx. C Boulogne 1865, N 1897 Islande

PROSPER JEANNE : goélette 120 tx. C Nantes 1878, V St Malo 1898

GLANEUSE : goélette 200tx. C Chantenay 1891, V Ile Grande 1908

MATHILDE : trois mâts 155 tx. C Trentemoult 1897, V St Malo 1912

HENRIETTE : trois mâts 146 tx. C St Malo 1902, N Penzance 1916
PAULETTE : trois mâts 143 tx. C Trentemoult 1904, V St Servan 1921, N 1923

GLANEUR : trois mâts 155 tx. C Paimpol 1908,  P 1910 en route Islande

Veuve Carfantan

GLORIEUSE : goélette 200 tx. C Chantenay 1891


Boutevilain

CHARLES-LOUIS : lougre 77 tx. C St Valéry 1843, N 1874 devant Pordic

CELINE ET LEONIE : goélette 78 tx. C Honfleur 1852

edmond : goélette 78 tx. C Bayonne 1856, V 1877 Saint Malo

BC : lougre 79 tx. C Fécamp 1869, P 1888 Islande

INDEPENDANT : lougre 79 tx. C Fécamp 1868, N Reykjavik puis V 1886


Hamonet

MARIE-BERTHE : goélette 73 tx.  C Chantenay 1884, P 1903 près Ecosse

HELENE  : lougre 62 tx.  C Fécamp, V Morlaix 1891

ANDREE  : dundee 70 tx.  C La Richardais 1891, V Morlaix 1900

HIPPOLYTE  : goélette 143 tx. C Chantenay 1893, V Granville 1906


Chauvin

DUNKERQUOISE : goélette 72 tx,  C Dunkerque 1846

MATHILDE : goélette.  C 1853,  P

NOUVEAU TROIS FRERES : bisquine 68 tx.C St Vaast 1848, P 1874 Islande


Le Péchon

SAINT GUILLAUME :  goélette 68 tx. C Dahouët 1855, P 1876 côtes de Cardiff


Dagorne

DEUX FRERES : dundee 64 tx.  C Fécamp 1881, P 1896 voyage sel Lisbonne à Pontrieux


De Kerjégu

SAINTE ANNE : goélette 107 tx. C St Malo 1893,  V 1901 Cancale

SAINT MICHEL : goélette 90 tx. C La Richardais 1895, P 1901 Islande


Jobert et Caleras

VAUBAN : lougre 78 tx. C Fécamp 1868, P 1889 voyage à Lisbonne

BERANGER : brick 101 tx. C Fécamp 1865,  N 1887 côte du Portugal


Péniguel / Carfantan

ARTHUR  :  goélette 82 tx. C St Malo 1890, P à Terre Neuve en 1908

PERLE

          

Carfantan / Hamonet

ALBERT-ELIZABETH : goélette 78 tx. C Gauviac 1874, P 1894 près Ile de Batz

ELIA  : goélette 86 tx. C Chantenay 1890,  V Granville 1899


Bossard / Adrien Carfantan

CAPELAN : goélette 104 tx.  C St Malo 1893,  P en Islande en 1901


Boutevilain / Adrien Carfantan

RACHEL : goélette 76 tx. C Dunkerque 1873


Boscher / Delangle

SAINT MARC : goélette 65 tx. C Fécamp 1879, V Paimpol 1896


Boscher / Delangle / Le Péchon

ND DE LA GARDE : goélette 96 tx. C St Malo 1893, V Binic 1900, N 1918 Terre Neuve


Boscher /  Le Péchon / Jobert et Caleras

RENEE  : ketch 80 tx. Jersey 1879, V Lisbonne 1897


Chauvin / Visdelou / De Ray / Le Péchon

SAINT FRANCOIS : bisquine 65 tx. C St Vaast 1839


Bossard / Adrien Carfantan

JEANNE : goélette 146 tx. C Chantenay 1892, V La Seyne 1906


Le premier navire morutier en Islande fut le ALEXANDRE-EUGENE-HENRI en 1858

Le dernier navire morutier en Islande fut PAULETTE  en 1913.


Terminons par cette petite anecdote du Journal de Pléneuf  en date du 6 Mars 1892 :

"Samedi dernier les Rachel et Saint Marc sortaient ensemble de notre port à destination de l'Islande lorsque voulant doubler de toile à qui aurait passé le premier, la Rachel brisa son mât de misaine. Force lui fut de relâcher à Paimpol pour réparer ses avaries"

J.G.

Par APMD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 14:19

Comme son collègue et ami Morand,  qui en 1852 initia la pêche des paimpolais en Islande, Prosper Carfantan qui y lança Dahouët en 1857 était au départ négociant et non armateur de grande pêche. 

La "terreneuvaison" de Dahouët, effectuée par les bricks des armateurs  Le Péchon  et  Rubin de Rays  était alors prospère et en progression comme toute celle de la baie de Saint Brieuc. De 26 et 35 navires hauturiers en 1840, Saint Brieuc-Le Légué étaient passés en 1852 à 32 et Binic-Portrieux à 38.  Dahouët parti en retard n'était arrivé qu'à 5. L’ensemble de la Baie comptera encore 71 navires terreneuviers en 1860 à coté des Islandais. 

 

On ne sait trop pourquoi, la terreneuvaison de Paimpol, effectuée à terre dans les havres, sans fréquenter le Grand Banc, comme d'ailleurs tout le quartier homogène et solidaire de Saint Brieuc-Binic était en plein marasme ( On verra seuls l'Utile et la Jeune Polyxène du Légué faire un essai sans lendemain sur les Bancs). 

Mais c'est certainement la Chienne du Monde, comme les bretons appelaient la misère, qui, enfonçant ses crocs dans la population basse bre­tonne comme elle le faisait au même moment dans ses cousins irlandais, lança Paimpol sur les routes glacées de l'Islande :

 

Publicateur des Côtes du Nord - 16 juin 1853

"Des petits pauvres de Basse Bretagne viennent à chaque instant s'abattre sur Dinan.  L'état de misère dans laquelle ils sont tombés ne leur permet pas d'aller bien loin,aussi ils restent malades sur les rues,dans les coins des chemins

La situation est particulièrement difficile à Paimpol, envahi par ses indigents mais surtout ceux des communes environnantes :

"le premier vendredi de chaque mois surtout les rues sont en­vahies par une foule considérable qui se présente de porte en porte"

 

Paimpol n'envoyait plus aux Terres Neuves que trois ou quatre vaisseaux, après avoir essayé de remonter sa flottille suite aux guerres de l'Empire. La pêche en Islande qui va être présentée comme remède pour l'extinction du paupérisme était nettement plus dure et dangereuse que la pêche sédentaire à Terre Neuve, qui se faisait à terre et en été. Elle ne sera égalée et même dépassée en dureté que par la pêche des dorissiers au Banc après 1918, poussés aux cadences infernales et aux risques par la concurrence des cha­lutiers. Mais elle était très rentable à qui savait fermer les yeux sur le risque, tant armateur que pelleta poussé par le be­soin. Et puis même au pays la vie était très difficile si l’on croit les journaux locaux.

Il faut admettre que l'Islande a réussi à amener l'aisance dans le district, au point de gonfler d'aise les Paimpolais habitants de "la mé­tropole du Goëlo, l'Athènes des Côtes du Nord", et d'attirer l' attention d'un romancier et d'un barde montmartrois. Cette réussite a coûté quand même fort cher : plus de cent naufrages en quatre vingt trois ans, le prix des larmes.

 

Arrivée800

La goélette ARTHUR rentre d' Islande.


Dahouët n'ayant pas dans son arrière pays, relativement riche sans être surpeuplé, une réserve humaine famélique comme Paim­pol et même Saint Malo avec la Haute Rance, ne put soutenir aussi longtemps une industrie reposant sur une main d'oeuvre acceptant de gros risques. On remarquera d'ailleurs que dans la derniè­re décennie du siècle où la flottille dahouétine d'Islan­de est à son maximum (15 goélettes et dundees) beaucoup de capi­taines et même quelques équipages sont Paimpolais ou Pleubiannais :

            Capitaines Caous, Guillossou, Kerjoli, Le Gonidec, Mudès, Pou­her, Petit, Guëzou, Golvan, Le Meur, Le Cloarec, Batoche, Ollivier, Pier­re, Briand  aux noms sentant bon le terroir.

La Plouézecaine ramène de Dahouët à Bréhec les coffres et les effets des marins.

 

Dans les années 1850, Dahouët tout nouvellement réveillé de sa léthargie, n'a pas la même activité de cabotage, course, pêche à Terre Neuve que ses voisins Binic et Paimpol. Après une période très active au moyen âge, trop loin des ports bien défendus comme Bréhat et Saint Malo, le port de Lamballe s'est trouvé coincé au fond de la baie par le blocus des anglais qui mouillaient effrontément leurs chaloupes au Verdelet. Le duc d'Aiguillon a préféré développer le port du Légué et la République a aussi préféré Saint Brieuc à Lamballe comme chef lieu. Cependant les chantiers navals de Dahouët étaient a­lors aussi importants que ceux de Paimpol avant l'arrivée du chantier Laboureur. Il y avait de bonnes possibilités d'extension sur les marais (salines de Mercoeur et étang du Vauclair) une ville, Lamballe, qui cherchait un débouché sur la mer. Seule gêne une ent­rée réputée difficile par la présence dans la passe de rochers comme la Grande Muette, qui sera bientôt rasée en 1852.

 

Partance800

Départ de  HENRIETTE  pour Terre-Neuve  -  On y voit les doris en pontée.


Dans les années 1850-60 on assiste à une poussée de la pêche fran­çaise sur I'Islande, favorisée par les subventions de l'Etat. La pêche à terre à Terre Neuve est en effet menacée à terme par le peuplement de la colonie et son accession à l'autonomie. Le gou­vernement français s'inquiète depuis longtemps de trouver des solutions de remplacement : Islande, Rockall, Féroë. Ceux de Dunkerque et Gravelines pêchent depuis longtemps autour de l'Is­lande en compagnie des anglais, hollandais et danois mais les bre­tons vont bientôt arriver en force, paimpolais en tête :

 

Publicateur du 19 avril 1862

Navires expédiés en Islande :

Dunkerque

134

2157 tx

Gravelines

17

287 tx

Boulogne

8

140 tx

Dieppe

4

73 tx

Fécamp

12

219 tx

Saint-Valéry-en-Caux           

5

90 tx

Saint-Malo

2

22 tx

Saint-Brieuc

12 (Dahouët 8,  Binic 2, Portrieux 2)

179 tx

Paimpol

31

418tx

Granville semble oublié

 

Morand à Paimpol ouvre la voie en 1852 avec la goélette Occasion qu'il confie à un dunkerquois Druel, mais avec un équipage de Ploubaz­lanec. Mais le plus curieux est que ses collègues lui emboîtent le pas, alors que Morand fait rapidement faillite en 1857 après quelques années de mauvaises pêches, mauvaise conservation du poisson, mauvaises ventes, naufrages. Qu'est-ce qui pousse les paimpolais dans cette voie difficile, qu'est-ce qui va pousser Prosper Carfantan à les imiter ?

 

Les anciens champions de la côte de Terre Neuve eux sont plus réticents. Binic a bien du mal à lacher Terre Neuve malgré les difficultés créées par la nouvelle population d'origine anglaise et les "jacotars" d'origine française :

 

Publicateur du 10 nov 1860

"A l'arrivée de M.Carpon et de ses 3 hommes, Joe Brown leur signi­fia que s'ils pêchaient ses saumons à lui c'est à dire ceux de la baie du pistolet il leur enverrait des coups de fusil, que les français étaient des étrangers, qu'ils ne les reconnaissait pas comme maîtres. La femme de ce monsieur l'aimable Mme Brown, jurait en patois anglo-français et en lachant d'énormes bouffées de sa pipe, qu'elle était la reine de la baie, et qu'en conséquence elle descendrait comme un lièvre, tout pêcheur français qui se permet­trait de toucher au poisson de ses domaines"

 

Port morutier le plus important de la baie de Saint Brieuc et ancien champion de la baie contre l’ "empire" des malouins, Binic attendra les années 1895 pour monter à 13 goélettes face à la soixantaine de paimpolais, la quinzaine de dahouetins, la demi-douzaine du Légué (ne pas confondre avec le quartier de Saint Brieuc) Mais vers 1901 une série de trois naufrages dans une période de récession va amener la récession islandaise de Dahouet en début de siècle. 

 

 Démocrate des CdN 23 fev 1896

"Les cinq goêlettes islandaises de Thomas et de de Kerjégu ont été sorties du Légué par deux remorqueurs, seule est restée  Marie­ Louise  à Le Gualès de Mézaubran.

ça et là, sur les appontements quelques copeaux, des débris de filin ou de vieilles chiques désséchées et solitaires, ont seuls encore marqué la place des Islandais''.

 J.G.

Par APMD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 14:52

 

Peu de gens savent qu'il y a eu à Dahouët une activité de con­struction navale assez importante. C'est à la suite de cette indus­trie que l'on retrouve de temps en temps dans la vase des mâts et des pièces de charpente qui y ont été mis "pour prendre la graisse du lia (vase)."


En 1606, messire Louis Peschin, capitaine de la ville et du cha­teau de Lamballe, fait sommation à Charles Dayot "et ses adhérents" de débarrasser les paluds de la Duchesse de Mercoeur "joignant son havre de Dahouët" de "certains commencements de navire qu'il a en atelier dans les dits paluds". Lequel Dayot répond "avoir mis en os­sier le commencement du dit navire par l'avis et le commandement des bourgeois de Lamballe".

 

Dans un contrat datant de 1765, provenant des archives de la famille Lévêque, Jacques Pansard "maître charpentier et constructeur de vaisseaux au village du Val-André paroisse de Pléneuf" s'engage à construire pour Jan Rozé, maître de barque dans le port de Dahouët "une barque de trente sept pieds portant sur la grève avec son bri­on devant" en "bois loyal et marchand et bien sec"

La quille sera d ' "ourme" ou de hêtre, les carreaux trois "poul­ces" d'épaisseur en chêne, lisses et bretonnes en chêne, pont en "pluche" (spruce), tambrés (étambrai) "vrangues" (varangues) bordaille (bordés) en chêne, levées (couples principaux) chevillés en fer.

Le tout pour la somme de 2850 livres.

 

Sans qu'il soit encore possible d'identifier les divers chan­tiers, on retrouve mention d'un grand nombre de charpentiers de ma­rine dans les actes des communes de Pléneuf et de Saint Alban, ce qui ne laisse aucun doute sur leur existence. Les Pansard, Lévêque, Gautier sont les plus représentés.

Sous le second Empire, Jacques Pansard, charpentier de marine de son état ayant eu la mauvaise idée de faire un stage à Brest est incorporé de force dans la marine Impériale, malgré ses protestations "embarqué de force, contre son gré et celui de sa famille, com­me marin, qui est un état contre le sien"

 

Grâce au registre d'immatriculation des bâtiments du quartier de Saint Brieuc, on peut dresser une liste des bateaux construits à Dahouët entre 1819 et 1864.Liste incomplète car réduite aux bâti­ments inscrits dans le quartier et il manque plusieurs années.

On retrouve quand même:

  • Quatre bricks de 72 à 130 tonneaux (Bons Amis, Bon Père, Union, Emulation)
  • Cinq goélettes de 55 à 69 tonneaux (Caroline-Antoinette, Zoé, Philoména, Marie-Suzanne, Saint Guillaume)
  • Trois sloops de 28 à 35 tonneaux (Société, Alcion, Lirier)
  • De nombreuses barques et bateaux de 6 à 10 tonneaux, les ancêtres de nos lougres de Dahouët.

 

Si l'on croit Mgr Kerleveo (Paimpol au temps d'Islande) Paim­pol avant l'installation de Louis Laboureur en 1860 n'en faisait pas autant."Ces navires (de Terre Neuve) étaient d'un tonnage trop élevé pour les entreprises artisanales (de Paimpol) qui fournissai­ent surtout les bateaux de la navigation côtière" On a vu pourtant le développement des chantiers navals de Paimpol et Kérity qui four­nissaient la Bretagne et même au delà.

 

Curieusement à Dahouët c'est vers 1860 avec le développement de la grande pêche que la construction navale a disparu. Peut être n'y avait.-il.plus de place dans le petit fjord pour les deux acti­vités à la fois comme cela se passa déjà avec l'exploitation du sel dans les salines de Mercoeur (sur le site du bassin à flot actuel). Cette période est marquée par l'émigration de la famille Gautier à Saint Malo François Gautier se marie en 1858 pour bientôt pren­dre la direction des chantiers Dandin et faire la renommée de la construction malouine (Pourquoi Pas du commandant Charcot) secondé bientôt par ses fils.

 

Le port de Dahouët était bien connu pour son activité de ca­botage en bois de construction, en provenance des forêts de Coron, La Hunaudaie, La Moussaie. En 1732 les chargements de bois pour Da­houët ébranlèrent le pont de Calmet à Lamballe. Les troncs entrepo­sés au fond du port étaient quelques fois éparpillés par la marée et le mauvais temps. Le maire Déron signale en 1805 au préfet que le ruisseau est encombré de bois de construction envasé. Le principal destinataire de ce bois était le port de Saint Malo.

 

Un chantier de plaisance, le chantier Tocqué, était réputé pour sa construction bois dans les années 1960. Il était installé à l'em­placement des actuelles Pêcheries d'Armorique. Malheureusement la mort accidentelle du patron Tocqué a mis fin à cette activité.

J.G.

Par APMD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 17:34

Une rencontre autour d’un rapport de mer de 1903 !         

 

Cette année-là, Ernest Durand, capitaine du La Rochejaquelein, un trois-mâts barque, rallie en moins de 12 jours, Wilmington (Delaware Bay-USA) à Cherbourg. Voici la base d’un scénario de bande dessinée : un récit linéaire, un cadre spatio-temporel, des péripéties : tempêtes, avaries … Il ne reste qu’à imaginer des scènes de vie, qu’à faire vivre les personnages … Ce sera le travail des enseignants et de leurs élèves : Deux professeurs de lettres, un professeur d’arts plastiques,  un dessinateur professionnel de BD  et deux classes de 5ème.

 

C’est un travail complexe où il faut éviter tout anachronisme. Lors d’une première séance, l’APMD a présenté, à l’aide d’un montage Powerpoint, le navire, le capitaine et son équipage ainsi que les grands moments de la traversée… 

C.C.

Par APMD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : Atelier du Patrimoine Maritime de Dahouët
  • Atelier du Patrimoine Maritime de Dahouët
  • : Bienvenue sur le blog de l'association "Atelier du Patrimoine Maritime de Dahouët" (Pléneuf-Val-André - 22370) - Installé sur le port, dans l'ancien bureau des Douanes, l'atelier a pour objectifs l'étude et la conservation de l'histoire du port de Dahouët et de la baie de Saint Brieuc, tant au point de vue matériel qu'humain.
  • : ATELIER PATRIMOINE MARITIME DAHOUET PLENEUF Culture
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus