7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 11:00

 

Si la noyade était bien entendu la grande menace pour nos marins tant de la côte que de la grande pêche, le feu était la terreur des populations rurales du haut des bois au XIXème siècle. Les journaux locaux comme le Publicateur des Côtes du Nord regorgent de faits divers navrants à base d’incendies, à coté des histoires de maisons de terre écroulées sur les occupants et des morsures de loups enragés. (trois écroulements de maisons à Etables en 1872 en quinze jours).

 

Haro sur le « greffier » !

 

Les causes du feu sont parfois insolites pour nous. Les chats, en particulier, qui s’enflamment en s’approchant trop du foyer de la cheminée et vont se réfugier dans le “sénat” (grenier) plein de foin sont souvent accusés d’être les incendiaires. Certaines de ces vilaines bêtes sont souvent douées d’un esprit diabolique qu’on ne retrouve plus chez nos matous modernes :

 

Publicateur 25 septembre 1850  

« Dimanche dernier, vers huit heures et demi du soir, Perrine Auffray, habitant le bourg de Plélan, vit, en présence de François Robert, maréchal ferrant, qui a confirmé le fait, le chat sauter sur la table, s’emparer d’une chandelle allumée, et s’enfuir à toutes jambes (sic) par l’escalier. Elle courut après, le chercha dans la chambre, et ne l’y trouvant pas, monta au grenier. Quand elle y arriva le feu était déjà pris à de la paille et du glé qui s’y trouvaient et, en peu de temps, il s’est propagé à toute la maison qui a été réduite en cendres »

Y a l’feu chez Adèle …Y a l’feu chez Adèle …Y a l’feu chez Adèle …

Voici une autre affaire de chat incendiaire au 20 septembre ­1862

« Deux hommes qui montaient du blé dans le grenier aperçurent un chat qui s’emparait de la chandelle allumée et s’enfuyait. L’animal se dirigea vers une autre partie du grenier où il y avait de la filasse et quelques instants après on le vit fuir épouvanté. L’animal avait mis le feu au chanvre et les flammes le chassaient. Presque aussitôt la maison brûlait »

Ces sacré bestioles ne voulaient peut-être pas toujours du mal mais elles causaient de fréquents drames dans les chaumières.

 

Publicateur 16 aout 1862 :

« Les causes de ce sinistre sont attribuées à deux chats qui couchaient dans la magasin et qui, s’étant placés dans une boîte d’allumettes chimiques, y auraient déterminé l’explosion par un frottement quelconque »

 

Mais on a vu quelques fois que c’était le grand père qui mettait le feu à l”hotet” et non le “marcaou” (matou) diabolique.

 

Publicateur 1 janvier 1853

« Kerlouan. Un vieillard malade depuis quelque temps, voulut  faire une pipe de tabac, vers 4 heures du soir. On lui donna un charbon, et après s’en être servi, il crut le jeter hors du lit, mais il resta dans la paille et finit par prendre feu. Tout a été consumé, le vieillard seul a pu être retiré »  

 

Ah la maudite garçaille !

 

C’était quelques fois une fille qui mettait le feu à son lit en y mettant un “moine” (pas un religieux quand même, mais un galet chauffé au four pour réchauffer la literie) comme la fille Canette des Hôpitaux à Erquy car il restait un “grayon” (tison) collé à la pierre. Canette s’en tira avec quelques plumes de roussies. (Journal de Pléneuf).

Bien sur comme toujours le feu pouvait résulter de tours de gosses. Ah la maudite garçaille !

On écrit de Tain (Rhône) au Publicateur :

 

« ……L’un d’eux, charmant enfant d’environ trois ans, consentit, au refus d’une petite fille un peu plus âgée, à faire le cochon, les autres l’ayant assuré, comme ils l’ont dit eux-mêmes ensuite dans leur naïveté qu’ils ne le brûleraient pas pour de bon.

Le pauvre enfant se coucha sur le ventre dans une petite écurie contigüe à un toit à porcs, son frère et sa cousine le couvrirent de paille. Les enfants allèrent ensuite chercher des allumettes chimiques avec lesquelles ils mirent le feu à cette paille, la flamme qui s’éleva les ayant effrayés ils sortirent précipitamment et se sauvèrent en fermant la porte de la petite écurie.

Le malheureux enfant qui faisait le cochon dut être promptement étouffé par la fumée car on n’a entendu aucun cri. Tout avait pris feu autour de lui, le plancher de l’écurie, le grenier à paille au dessus, le toit à porcs placé sous la même toiture, cette toiture elle-même, tout a été brûlé et sans les prompts secours apportés par la compagnie de pompiers de Tain, la population de la ville et les braves soldats du 49ème de ligne cantonnés à Tain, la maison qui est attenante à l’écurie ainsi que des meules de paille qui en sont à une petite distance eussent été incendiés »

 

Sur l’inflammabilité des femmes

 

Mais ce dont vous n’avez sans doute pas entendu parler c’était de l’inflammabilité des femmes à cette époque. Il y avait bien sûr les vieilles qui tombaient dans le foyer en se chauffant mais ce n’était pas très fréquent sauf quand elles étaient “chaudes de boire” (pompettes) comme ce fut le cas de la femme du célèbre sonneur Matilin An Dall de Quimperlé :

 

« La femme Kercréte, épouse de Mathurin Furic, musicien, demeurant à Quimperlé, étant ivre, chantait en se chauffant. Son époux qui est aveugle et âgé de soixante dix ans, étant au lit, la pria de se taire, mais en vain. Tout à coup les chants cessèrent et une forte odeur se répandit dans l’appartement. L’aveugle, averti par cette odeur que quelque chose brûlait dans la maison, cria pour appeler du secours. Le sieur Féon étant entré dans la maison vit la femme Furic étendue sur le foyer et ayant ses vêtements en feu. Il s’empressa de jeter de l’eau sur cette malheureuse mais elle avait déjà rendu le dernier soupir »

 

Par contre les belles dames au temps des crinolines prenaient feu comme un rien.

En 1865 d’après notre précieux Publicateur, dans une voiture publique, un militaire mit le feu à sa voisine avec sa cigarette. Il ne voulait pourtant pas lui communiquer sa flamme ?

On a vu des incendies de femmes de caractère criminel :

 

Publicateur  1846 

« Une femme de Saint Briac de 66 ans, nommée Marie Allain, était assise sur le foyer à boire un verre de cidre, lorsqu’une fille de 22 ans nommée Marie Perret s’avisa de prendre dans un lit, une poignée de paille, de l’allumer et de la placer sous les jupons de la femme Allain qui eut beaucoup de peine à l’éteindre et qui est aujourd’hui dans un déplorable état »

 

Evidemment on ne pouvait faire venir les célèbres pompiers de la Rochelle mais le Publicateur avait déjà donné le bon truc dès 1845 :

 

« Depuis bien longtemps la presse signale des accidents affreux causés par le feu qui prend aux vêtements des femmes. Un remède fort simple, auquel on ne peut donner une trop grande publicité, est celui de se mettre au plus tôt dans un lit et de se blottir, en se couvrant le plus hermétiquement possible. Il est évident que par ce moyen on parvient à étouffer les flammes si on ne met pas le feu au lit »

 

Mais revenons sur l’onde amère …

 

… et à nos vaisseaux où les cas d’incendie n’étaient pas rares du tout.

 

Les cas les plus étranges étaient ceux des navires chargés de chaux vive qui prenaient feu en faisant une voie d’eau, si bien qu’on préférait en général véhiculer la pierre à chaux à l’état brut. Il y avait une flottille de lougres et de sloops faisant la navette entre les ports de la Baie de Saint Brieuc et Régneville dans le Sud du Cotentin pour alimenter les fours à chaux en pierres calcaires:

 

Publicateur 24 mars 1862 :

« Le capitaine Perrodeau du chasse marée Messager de Vannes...........s’aperçut que le feu était à bord et que l’incendie provenait de la chaux grasse faisant partie de sa cargaison. Le capitaine, après avoir fermé hermétiquement les panneaux, fit route immédiatement pour la côte où en arrivant le navire coula »

 

Mais la cause la plus fréquente des incendies de bateaux était le poêle non surveillé.

 

Publicateur 19 juin 1852  Incendie du bateau pilote les Deux Amis de St Servan en rade de St Cast

 « Le bateau pilote les Deux Amis de St Servan était parti de ce port mercredi matin, 10 de ce mois, monté par quatre hommes, pour aller au devant des navires qui devaient entrer à St Malo. Le soir à neuf heures et demi le navire alla mouiller à un quart de lieue au large sur un rocher appelé Becron. Le capitaine en se couchant recommanda à son équipage de se trouver debout à une heure du matin. Tous couchaient dans leurs cabines. Deux heures plus tard le nommé Joseph Thirion, agé de 38 ans, fut réveillé par le bruit des flammes qui passaient au dessus de sa tête.Il se leva aussitôt, mais déjà les hardes qu’il mettait étaient en feu, ainsi que l’arrière du bateau où se trouvaient les cabines et le poêle. Tout éperdu, sans savoir où il était et ne voyant plus ses camarades, il se jeta à la mer, sans savoir trop ce qu’il faisait. Après avoir nagé environ un quart d’heure, il se trouva sur un rocher où il perdit connaissance.

Revenant à lui et craignant que le rocher ne fut submergé, il se jeta de nouveau à la mer et arriva à la côte de St Cast, tout meurtri des bras et des jambes.

 

Pendant que ces faits se passaient, c’est à dire vers minuit et demi, le nommé Joseph Lemoine, sous brigadier des douanes de la presqu’ile de Saint Cast, avait aperçu une lumière sortir de la mer. Il en prévint de suite son camarade, auquel il dit que le feu devait être au bateau pilote, les Deux Amis. Ils montèrent de suite dans leur embarcation et se rendirent près de ce bateau qui était déjà envahi par les flammes. Ne sachant s’il y avait encore quelqu’un à  bord ils crièrent à plusieurs reprises mais personne ne répondit. Ils cherchèrent à éteindre le feu mais ils en reconnurent bientôt l’impossibilité. Tout ce qu’ils purent faire fut de lever l’ancre et d’ancrer le bateau dans la baie de l’Ile de Saint Cast où il s’est entièrement consumé .

 

Quand le feu a été entièrement éteint, on a connu l’étendue du malheur qu’on pouvait déjà pressentir. On a en effet trouvé dans la coque les ossements calcinés de trois squelettes humains.

On ignore au juste comment le feu a pris dans le bateau. On croit qu’il s’est déclaré d’abord dans des morceaux de bois mouillés qu’on avait mis à sécher le soir sur le poêle. »

 

Les incendies de goélettes islandaises dunkerquoises ne sont pas rares. En effet contrairement aux Bretons moins frileux, les gens du Nord entretenaient du feu dans le poste d’équipage, dans des poêles quelques fois chauffés au rouge (1859 le Jules, 1877 l’Immaculée Conception, 1895 la Fileuse) sur lesquels ils faisaient leur cuisine. Les cuisiniers bretons avaient plus à craindre la noyade que la carbonisation, leur cuisine ou ‘loch tan’ (cabane à feu) étant installée sur le pont à la merci d’un paquet de mer qui pouvait emmener la cabane, le poêle, la marmite et le cuisinier comme il arriva sur la Glaneuse de Dahouët. Rassurez vous si la soupe a été perdue le mousse cuisinier de la Glaneuse a été récupéré. Les incendies de goélettes bretonnes ont été beaucoup moins fréquents et toujours maitrisés.

 

Le début d’incendie en 1902 de l’Alice et Paul de Paimpol en baie de Faskrudfiord est du à la chandelle que le second avait gardé à la tête de son lit sur un “pigou” (chandelier rustique). Le capitaine s’était absenté, étant allé rendre visite à son frère sur une goélette voisine, l’officier de surveillance, le “stationnaire” De Kergrohen voulait à tout prix  que le capitaine fut ivre alors que les témoins le voyaient seulement désemparé devant le désastre.

 

Sur Arthur à quai à Dahouet en 1897, c’est le matelot Le Bihan qui dans sa torpeur ethylique s’endort la pipe allumée et met le feu à bord. L’armateur Péniguel réclame contre l’incendiaire car les frais de réparation dépassaient ce qu’il lui devait  encore sur sa paye.

 

On se rappelle encore de l’incendie de la Jeanne d’Adrien Carfantan à son départ pour  Islande en février 1896 devant Paimpol. Le feu prit dans le poste d’équipage et on ne put en extraire le matelot Roullois que mort, deux autres s’en échappèrent et le navire dut rester réparer à Paimpol.

 

A Terre Neuve surtout, quand un navire désemparé devait être abandonné en haute mer par l’équipage, pour qu’il ne soit pas un risque de collision pour les autres il y était mis le feu pour le faire disparaître. Cela se pratiquait si possible après constat de la situation par d’autres capitaines présents dans les parages pour éviter l’accusation de baraterie c’est à dire d’acte criminel pratiqué dans le but de toucher l’assurance pour un vieux rafiot.

 

Feu de Saint Jean à bord et parfumage

 

On se demande comment la pratique du feu de Saint Jean décrite à bord des islandais n’amenait pas de sinistres. Th. Janvrais en effet nous rapporte un usage bien étrange et fort douteux qu’il emprunte à Sébillot :

 

« A bord des navires islandais, on fait le soir de la Saint Jean, un singulier feu de joie. Chacun veut y contribuer et apporte un vieux cirage (ciré). Ces vêtements après avoir été imprégnés de goudron et d’huile de foie de morue, sont empilés dans un baril que l’on hisse par un fil de fer à l’extrémité de la grande vergue. Après une prière prononcée tête nue et qui est suivie du chant de cantiques bretons, le novice grimpe à la grande vergue et met le feu au baril. La flamme est saluée par les acclamations de tous et les chants continuent jusqu’à ce que les derniers restes de ce bûcher soient tombés dans les flots. Le capitaine paie la double en l’honneur de la Saint Jean et le matin il paiera largement le café et les accessoires. »

Si cela avait été réellement pratiqué il y aurait eu fréquemment des incendies graves.

 

 

Par contre l’habitude du “parfumage” c’est à dire de faire brûler, toutes issues fermées, du souffre sur du charbon dans la cale en vue de décimer les populations de rats, si il n’amenait pas souvent des incendies, déclenchait quelques fois des asphyxies mortelles chez les imprudents qui se hasardaient à bord avant dissipation des fumées délétères.

Ce fut le cas du paimpolais Yves Gouézou en 1873. Sa femme le cherchait partout et son navire flottait encore, elle retrouva au retrait de la mer ses bas et ses sabots dans le canot, son gilet et son chapeau sur le pont de la Marie Joséphine. Par la porte du panneau, qui était ouverte, on aperçut au fond de la cale, le corps de Gouézou privé de vie, asphyxié par le souffre et la vapeur de charbon.

 

Parfumage  Publicateur  5 novembre 1863

« Le Jeune Arthur, capitaine Gervy, a de son coté vu périr trois des siens dans des circonstances fort extraordinaires.

C’était le 14 septembre ; le capitaine ayant ordonné de parfumer le navire, opération ayant pour but de détruire les rats, on allume du feu dans la cale après avoir hermétiquement bouché tous les trous et les rongeurs tombent asphyxiés. Le Jeune Arthur fut donc parfumé mais malgré la défense expresse du capitaine Gervy les sieurs Gendrot, maître calfat de Pleurtuit, Marbeuf aussi de Pleurtuit et Madiou de Cancale, s’enfermèrent dans l’appartement des officiers qui, croyaient ils, était à l’abri de toute influence délétère. Hélas ! C’était une erreur, le gaz morbide passant entre les fissures des cloisons plongea d’abord les trois malheureux marins dans un lourd sommeil puis les étouffa.

Le lendemain matin, lorsque le capitaine vint à bord, il fut étonné de ne voir aucun de ses matelots sur le pont, il conçut de vives inquiétudes, ouvrit promptement les portes de sa chambre et fut alors témoin d’un douloureux spectacle, un cadavre était étendu en travers c’était celui de Gendrot le maître calfat. Marbeuf et Madiou, couchés dans deux cabines donnaient encore quelques signes d’existence ; on les transporta sur le pont. Leur respiration n’était plus qu’un râle, on ne put les rappeler de leur évanouissement. Marbeuf mourut après trois jours d’agonie, Madiou après cinq jours. Madiou laisse sept enfants orphelins. »

 

Les temps étaient durs autrefois !

                                                                   

J.G.

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