1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 08:00

 

La pêche côtière en Europe

 

Malgré ce que certains croient la pêche côtière à la morue n’a jamais été florissante en Bretagne où le cabillaud vrai est en limite Sud de sa distribution et n’y a jamais été abondant contrairement à la Manche Nord et Mer du Nord.

Le poisson qui alimentait principalement les pêcheries littorales armoricaines était le lieu jaune dit lu, luet, morlu, merlu. La confusion provient du mot morlu avec son dérivé français mollue encore employé localement pour morue comme d’ailleurs merluche, merluzzo. A l’origine le mot morue était spécifique à la Normandie et à la Bretagne, le Nord de la France disant cabillaud (kabeljau) et le Sud bacailhau.

Les différentes pêches à la morue. Quelques précisions

La pêche à la côte de Terre Neuve

 

L’image qui s’est imposée dans le public de la pêche à Terre Neuve est celle des dorissiers sur le Banc. Il faut dire que ce type de pêche n’a jamais été très important pour les navires de la Baie de Saint Brieuc et que même Saint Malo n’y envoyait au départ que la moitié de ses navires, mais les Normands, à part Granville, la totalité.

La Baie de Saint Brieuc, à part quelques essais isolés n’a donc jamais été tentée par le Banc et a toujours préféré encore plus que Saint Malo la côte de Terre Neuve et plus tard Islande.

 

Cet attachement à la côte de Terre Neuve remonte probablement très loin, du temps de l’existence de la Terre aux Bretons qui est dite avoir été découverte par eux trente ans avant Colomb, ce qui correspond bien avec les affirmations d’une charte de l’abbaye de Beauport.

Les différentes pêches à la morue. Quelques précisions

La pêche de la morue à Terre-Neuve en 1858 – Habitations et ateliers

Henri Linton – Domaine public Wikipédia

 

La concurrence de ces installations américaines à terre pour sécher le poisson morue surabondant expliquent la disparition des sécheries littorales armoricaines à la même époque. Le navire au mouillage dans le havre d’accueil, les hommes s’installaient à terre pour six mois et rayonnaient tout autour pour pêcher en chaloupes. Le poisson était ainsi préparé et séché à terre car la clientèle sudiste, méditerranéenne réclamait du sec et non du salé comme le Nord de la France le demandait aux Dunkerquois et aux Normands.

Le gouvernement français a finalement cédés nos droits d’installation temporaire sur la côte de l’île en 1904.

 

La pêche en mer du Nord

 

Elle était pratiquée par les Dunkerquois et ports voisins comme Gravelines sous la forme de pêche errante à la ligne à main comme en Islande, par les navires ‘nordiers’ avec des campagnes courtes mais répétées.

La pêche à Islande des gens du Nord peut ainsi être considérée comme une extension de cette activité.

 

La Pêche à Islande

 

Elle était pratiquée par les Dunkerquois, bientôt rejoints par les Bretons à partir de 1852. Il est clair cependant que pour les Bretons c’était une reprise car d’après la chartre de l’abbaye de Beauport ils l’avaient pratiquée au moins dès 1514.

Pour les Dunkerquois qui gardaient leurs prises salées en tonneaux c’était une prolongation de leur pêche en Mer du Nord, ils s’attardaient souvent autour des îles Féroé et abandonnaient la côte Nord Ouest d’Islande aux Bretons pour pratiquer surtout la côte Est où ils descendaient d’ailleurs assez peu à terre.

Les Bretons commençaient une première pêche errante en côte Sud, Binicais et Dahouétins finissaient en côte Ouest tandis que les Paimpolais après la première pêche en côte Sud pratiquaient l’Ouest ou l’Est. 

Les différentes pêches à la morue. Quelques précisions

Pêche à la ligne à main sur une goélette dérivante.

 

La pêche des Français se faisait en vue de terre en dérive, du bord du navire, à la ligne à main et les escales du moins chez les Bretons étaient fréquentes, permettant souvent les contacts avec les gens du pays.

Bien plus que le dorissier du Banc le pêcheur d’Islande résidant dans la bande littorale de la Bretagne avait une compétence reconnue par ses exploits passés et était personnellement recherché, il n’était pas racolé dans les foires ou les auberges même si le capitaine extérieur devait y résider pendant le recrutement.

 

La pêche au Banc de Terre Neuve

 

C’est ce type de pêche avec des chaloupes puis des doris qui est le plus populaire dans le public au point d’imposer son image à toute la pêche à la morue. Elle était pratiquée avant tout par les Normands et plus tardivement par les Malouins qui avaient été au départ plus engagés dans la pêche à la côte de Terre Neuve. Ce qui n’empêchait pas Normands et Malouins de recruter les ‘banquiers’ à l’Ouest de chez eux, mais plus facilement dans les terres (Haute vallée de la Rance) que les islandais, pêcheurs plus professionnels, cantonnés au littoral. 

Les différentes pêches à la morue. Quelques précisions

Le 3-mâts « Henriette » en partance pour Terre-Neuve. Les doris retournés sont emboités sur le pont

 

Sur le Banc le navire étant ancré au large dans un site favorable envoyait une douzaine de doris poser des lignes de fond le soir, à relever le lendemain matin. Après un voyage d’aller d’une vingtaine de jours il séjournait à la grande époque environ six mois sur le Banc sans revenir à terre. Il y avait ainsi des problèmes d’eau douce et de propreté bien plus importants que les islandais d’autant plus qu’ils étaient obligés de stocker plusieurs jours la bouette vite odorante (bulots) pour les lignes de fond alors que ceux-ci prélevaient des languettes de peau fraîches sur leurs prises (fleurettes).

 

Les différentes pêches à la morue. Quelques précisions

Les dorissiers posent les lignes de fond (harouelles)

 

 

Les goélettes coloniales de Saint Pierre

 

A côté de ces trois mâts goélettes typiques les ‘métro’(-politains) il existait à Saint Pierre et Miquelon une flottille de petites goélettes franches de type américain en bois de résineux, donc vite vieillies, qui ne faisaient que des campagnes de trois semaines avec retour dans leur île pour faire sécher leurs poissons salés à bord. Ces goélettes étaient montées par des équipages bretons amenés à Saint Pierre de Granville ou Saint Malo par des ‘navires à passagers’ qui les rapatriaient en fin de saison. Leurs prises étaient travaillées et séchées à terre par des ‘graviers’ jeunes gens de l’intérieur de la Bretagne qui y récupéraient par un travail ingrat la possibilité de devenir inscrits maritimes.

 

Pêcheurs côtiers de Saint Pierre

 

Un certain nombre de saisonniers pratiquaient la pêche journalière à partir de la côte dans de petites embarcations, en général des houaris, genre de doris à quille. Ils arrivaient de France comme passagers et quelques fois séjournaient à l’année dans l’île.

 

Pêche au Groenland

 

On s’aperçut dans les années 1926 qu’il était possible en cas de médiocrité de la première pêche à Islande ou au Banc de Terre Neuve de faire une deuxième pêche honorable dans les eaux du Groenland à condition de disposer de voiliers à moteur auxiliaire permettant de faire face aux changements de situation de temps. L’action pêche se faisait de différentes façons soit à l’ancre avec doris et lignes de fond, soit doris en dérive avec ligne à main, soit avec lignes à main à partir du navire dérivant comme pour les islandais.

 

J.G.

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