1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 08:00

 

C’est peut être une chose inattendue pour les lecteurs habitués aux descriptions répandues par les auteurs misérabilistes sur la triste vie des pêcheurs à Islande, bagnards innocents, d’entendre parler de bals organisés par ceux-ci avec la participation de la population de l’île. Même Madame Palmadottir se  laisse influencer et  semble en réduire l’importance :

 

Mais il semble qu’ils aient été peu nombreux jusqu’au début du siècle et qu’ensuite ils aient été localisés dans les localités les plus importantes et plutôt à l’occasion de la venue du stationnaire que pour les morutiers. A vrai dire je n’ai trouvé qu’un seul récit de bal organisé pour les pêcheurs français pendant tout le dix-neuvième siècle.

 

Il est évident qu’on ne parle pas de la même chose c'est-à-dire que pour elle il s’agit de réceptions officielles urbaines tandis que pour les pêcheurs bretons du moins, il s’agissait de séances impromptues, avec les populations locales, en plein air, des festou noz pour lesquels ils fournissaient le musicien, un matelot jouant de la vielle ou de l’accordéon comme il y en avait de temps en temps à bord.

L’hôpital français servit de local au premier bal des familles qui eut lieu à Faskrudfjordur. La cuisine était vaste et convenait fort bien pour préparer un banquet et les salles étaient assez spacieuses pour y danser.

Hôpital de Faskrudfjordur – (photo David Paterson)

Hôpital de Faskrudfjordur – (photo David Paterson)

Mais c’est bien ce qu’elle admet quand même par ailleurs :

 

Les Français qui venaient à Grundarfjordur donnaient quelques fois un bal pour les paysans dans l’herbage qui se trouvait au Nord de la ferme de Grund ; les pêcheurs français étaient en général joyeux et  portés sur le chant et la danse.

 

Elle minimise cependant les possibilités de participation des Français aux réjouissances parce qu’ils auraient été crasseux et ne disposaient pas de vêtements de sortie adéquats :

 

Si l’on pense un peu à la vie de ces pêcheurs catholiques qui descendaient à terre en groupes sales et misérables afin d’aller chercher de l’eau et de laver leurs vêtements dans un ruisseau, on peut facilement s’imaginer qu’il y avait peu d’occasions pour faire la cour à une fille, même si l’envie n’en manquait pas.

 

 Il faut admettre que pour les bals populaires en plein air on n’était pas trop regardants pour la tenue et que quand même il y avait les traditionnelles ablutions dans les sources chaudes pour pouvoir se rincer la couenne et quitter les mauvaises odeurs de poisson dont les hommes pouvaient être imprégnés. Je dirais même que l’étude des inventaires d’effets après décès de matelots d’Islande rencontrés dans les archives de la Marine nous montre clairement des tenues de sortie, avec gilets, mouchoirs, cravates qui ne pouvaient servir qu’a se promener. Le marin breton n’était pas réduit à ses bottes montantes ou ses sabots pour aller danser car on retrouve toujours des souliers dans les inventaires sauf quand ils étaient portés par le cadavre.  Un observateur français comme Labonne qui fréquente les marins et non les comptes rendus des officiels nous donne sa version :

 

J’ai assisté bien souvent à des bals en plein air où Français et habitants de l’Ultime Thule ils oubliaient dans un moment de joie les fatigues et les terribles dangers de la veille.

Les bals à Islande

Quelques grivoiseries sont dites aux ménagères, comme ils échangeaient des lazzis avec les laveuses islandaises.

 

Il faut ajouter à tout cela que les Bretons beaucoup plus friands que les autres de descentes à terre appréciaient beaucoup moins la côte Est et Faskrudfjordur que la côte Ouest, plus abritée des vents dominants par ailleurs. C’est d’abord à Grundarfjordur après l’installation des bâtiments du paimpolais Allenou vers 1865 où une prairie était réservée aux ébats ‘l’herbage qui se trouve au nord de la ferme de Grund’. Mais c’est surtout plus au Nord Patrexfjordur qui reçut le surnom de fjord de la fête apparemment comme étant le fiord des Bretons mais aussi des marins américains pêcheurs de flétans venus compenser dans les rues leur absence à bord de tout alcool.

 

C’était souvent la fête dans la rue, on buvait, on chantait, on jouait de la mandoline et de l’accordéon, l’endroit avait été surnommé le fjord de la fête.

 

 On peut penser que Faskrudfjordur à l’autre extrémité en côte Est pouvait être appelé fjord de la tempérance à cause de l’installation des Œuvres catholiques distributrices d’eau de coco et de sermons. D’ailleurs l’abbé Silvent en 1911 avait d’autres perspectives sur Faskrudfjord :

 

Votre fjord contient bien des merveilles mais la plus belle de toutes c’est votre cimetière

 

Le docteur Sisco aurait quand même observé des orgies à Faskrudfjord :

 

Hélas ! Combien de fois n’avons-nous pas surpris pendant le séjour de la Manche à Faskrudfjord de nombreux pêcheurs entassés dans un cabaret qui s’intitule café français et buvant et dansant au son d’un instrument barbare les spiritueux les plus variés et les plus frelatés.

Les bals à Islande

Gageons que l’instrument barbare était la vielle de Henri Gouault dit Villedieu à bord en 1894 de l’Hippolyte de Dahouët, célèbre vielleux excentrique dans sa paroisse natale de Planguenoual qui embarqua pour faire une saison à Islande comme ses frères.

 

J.G.

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