1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 08:00

 

Durant l'été 1895 le Why Not (Pourquoi Pas), goélette anglaise de 80 Tx commandée par le Capitaine Wilkinson, quitte les quais du Légué Saint Brieuc avec vingt passagers bretons, ouvriers agricoles engagés pour la saison des pommes de terre à Jersey.

 

Le gars de Pienté et le WHY NOT

En mer à la hauteur du Grand Léjon on s’aperçoit que le feu a pris dans les 8000 kilos de foin et 4000 de paille de la cale, allumé par un contact avec des sacs de chaux vive.

 

Malgré les efforts de tous l’incendie gagne. Les quatre hommes de l’équipage anglais, capitaine en tête, sous prétexte de récupérer un seau tombé à l'eau, quittent le navire dans l’unique canot du bord, à huit lieues de terre.

 

Jean Burlot de Pienté (Plaintel), relevant le moral des passagers abandonnés, réclame aux femmes et aux enfants de dire des prières à la Bonne Vierge et prend la tête des hommes pour lutter contre l’incendie. Quoique ne connaissant pas plus que les autres c'est-à-dire rien à la manœuvre du bateau, il n’hésite pas à se mettre à la barre pour diriger le navire vers la côte avec l’aide de Yves Trémel de Buhulien qui le guide de l’avant.

 

Après une douzaine d'heures, grâce à la Providence et au temps favorable, le Why Not réussit malgré la nuit et les écueils à rejoindre la côte sur une grève d’Erquy. Les Anglais les y avaient précédés et s’étaient fait diriger sur Saint Brieuc en annonçant le Why Not perdu corps et biens.

Pendant ce temps, un des passagers qui essayait de se sauver lui-même, accroché à du bois de charpente, fut porté disparu en mer. 

 

 

Conclusions judiciaires et suites données à l'affaire

 

Le peu glorieux capitaine Wilkinson et les hommes de son équipage furent poursuivis devant la cour royale de Guernesey. Le sieur Wilkinson fut condamné à six mois de travaux forcés ; le second du Why Not écopa de deux mois. Le juge en prononçant la sentence dénonça en termes les plus énergiques l’inhumanité de ces deux navigateurs "qui ont trainé dans la boue le nom de l’Angleterre et soulevé la réprobation générale par une conduite indigne de marins britanniques"

 

Un article de "L'Etoile de la mer" du 7/1/1896 reproduit une lettre du ministre français des affaires étrangères adressée au ministre de la marine, dans laquelle il informe son collègue à propos du jugement prononcé à Guernesey.    

La lettre se termine en formulant le souhait d'informer les bretons et plus particulièrement les populations côtières concernées par l'événement :

" J'ai l‘honneur de vous transmettre, ci-joint, ces documents. Je ne puis, au surplus, que vous laisser le soin d’apprécier, s’il n’y aurait pas lieu pour votre administration de porter Ia sentence dont il s‘agit à la connaissance des autorités maritimes françaises de la région, sur les côtes de laquelle le Why Not a été abandonné par son équipage et, peut-être même, d’assurer une certaine publicité à la sentence rendue par l’autorité judiciaire de Guernesey dans nos départements maritimes de Bretagne. »

 

Burlot et Trémel reçurent une médaille. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque.

 

Il n’y a pas de différence fondamentale entre l’hérédité des terriens et des marins. Mais le métier de matelot sélectionne les caractères de sang froid, insensibles à la panique devant des circonstances imprévues. Pour les autres leur place est à terre.

 

J.G./D.C.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Atelier du Patrimoine Maritime de Dahouët
  • : Bienvenue sur le blog de l'association "Atelier du Patrimoine Maritime de Dahouët" (Pléneuf-Val-André - 22370) - Installé sur le port, dans l'ancien bureau des Douanes, l'atelier a pour objectifs l'étude et la conservation de l'histoire du port de Dahouët et de la baie de Saint Brieuc, tant au point de vue matériel qu'humain.
  • Contact

Collections

L'atelier, qui possède une importante collection d'objets et de souvenirs, est toujours en quête d'éléments nouveaux pour compléter sa base de données et appuyer ses recherches. Si vous pouvez nous aider, merci de bien vouloir nous contacter.

Recherche