1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 08:00

 

Messieurs les Anglais tirez les premiers !

French Impérial Navy :

“ Daily rations diminished from eight cups of straigth rum a day , in the 1700’s , to one cup in the 1900’s “

 

Et huit boujarons pour la Royale ! Pour passer de la ration officielle de spiritueux chez les morutiers à la ration mythique, il nous faudra aussi compter en boujarons et non pas en vulgaires centilitres terriens utilisés par l’Administration de la Marine !

Le boujaron est simplement le petit récipient qui sert à distribuer la dose de précieuse eau de vie à chaque matelot de la Royale ou du Long Cours. Chez eux la ration normale, du moins au XIXe siècle, est le boujaron unique :

“ L’habitude immémoriale ( sur les long courriers ) exige qu’à la ration de vin ( un quart par repas ) on ajoute seulement à midi un boujaron de rhum “                        

J J. Antier   “ A bord des grands voiliers “

 

Dans des circonstances exceptionnelles de récompense, froid ou fatigue, on peut rajouter un autre boujaron ce qui s’appelle donner la double. D’après le commandant Lacroix, certains capitaines généreux de long courriers voyaient facilement le thermomètre descendre au dessous des températures critiques, “anormales pour la saison”, permettant une distribution supplémentaire.

 

Mais le boujaron n’est pas une mesure précise car il contient quatre, cinq ou six centilitres suivant les régions. Il est compté traditionnellement au vingtième de litre c’est à dire 5 cl en baie de Saint Brieuc. ( capitaine Désury ) On ne peut donc compter précisément en boujarons la ration des morutiers distribuée en une fois par jour sur la base de 25 ou 20 cl avant 1897 ( ration officielle et ration concédée par l’armement breton ) et 20 ou 16 cl après.

 

A partir de la différence entre la ration d’armement et de la ration officielle d’avitaillement théoriquement due aux hommes, le capitaine peut donner la “double”, non pas doubler la ration comme le croit Théophile Janvrais mais donner un boujaron supplémentaire, ce qui est loin de se faire tous les jours puisque en route et même en rade on réduit au contraire à 6 cl la dose des spiritueux  ( Règlement de la Baie de Saint Brieuc et de Paimpol  1858 )

 

Que d’extravagances a-t-on pu raconter sur la multiplication du boujaron et sur la quantité explosive de spiritueux ingurgitée de façon régulière sur les morutiers, dépassement invérifiable après l’inspection de la Douane au départ et de la Marine à la visite de “raisonnement “. Remarquez que vous pouviez toujours faire avouer le capitaine :

 “ En général, les hommes des bâtiments armés ne se contentent pas des cinq ou six boujarons d’eau de vie , de cinq à six centilitres chacun, que les capitaines avouent leur donner”

Docteur Thierry

 

Il semble que ce soit le capitaine de l’Ernestine de Cancale qui, sur le Banc, ait avoué le premier en se vantant au stationnaire Pivet de distribuer jusqu’à dix boujarons par jour à ses braves matelots, parole de Cancalais ! Le tollé a été général mais on oubliait qu’il disait “certains jours” et que son voisin de Banc n’annonçait que 5 cl en tout par jour.

Le docteur Cazeau , sur le Banc toujours,  arrive à faire passez des aveux “ officiellement “

 “ Comme liquides, voici le genre de distribution le plus généralement adopté et officiellement avoué : chaque homme touche un verre de vin à midi et, comme eau de vie, un boujaron de 6 centilitres le matin au lever, à 8 heures, à 10 heures, à 4 heures, à 6 heures, et enfin un sixième dans la soirée s’il pêche l’encornet, ce qui fait plus d’un tiers de litre. Et que l’on soit bien persuadé que ce n’est là qu’un minimum, les gratifications étant fort en honneur sur le banc pour stimuler le zèle du pêcheur qui, pour une goutte de trois-six en supplément ne recule devant aucun effort ”

 

L’abbé Grossetête ( La Grande Pêche ) n’est pas en reste avec les boujarons :

“ Il y a en sorte six boujarons supplémentaires ; le boujaron est de 60 millilitres. Soit déjà trois cent soixante millilitres d’alcool par jour à chaque homme, et les suppléments dépassaient souvent la ration “ ( Supplément contre le sommeil, pour donner du coeur, pour récompenser, pour se réchauffer, pour se rafraîchir, pour fêter sa joie, pour noyer son chagrin ).

 

L’abbé Grossetête est d’habitude très crédible mais sa sensibilité d’ecclésiastique semble affolée par les javas de matelots à terre autour de Saint Malo, alcool, musique, femmes de mauvaise vie, il monte encore à l’échelle :

 “Avant 1907, d’après des calculs modérés,  chaque pêcheur buvait en moyenne un demi litre d’alcool par jour et beaucoup en absorbaient jusqu’à 750 ml, sans compter un demi litre de vin  et sur un certain nombre de bateaux de cidre à discrétion “

 

Sans doute qu’à Terre Neuve il était plus facile de frauder qu’à Islande à cause des fournitures de Saint Pierre et Miquelon mais même chez les dorissiers du Banc ces rations ne sont pas crédibles de façon prolongée, ne serait ce que par la place dont il faudrait disposer à bord pour stocker les réserves. Tous ces inquisiteurs ont dû faire passer la question extraordinaire aux capitaines car de tels aveux pourraient leur coûter fort cher :

 “ Vous aurez à me signaler, à l’issue de la campagne, les capitaines de navires pêcheurs qui ne se seraient pas conformés aux recommandations contenues dans la circulaire précitée ou à m’indiquer la durée de suspension de commandement qui vous paraîtrait devoir leur être infligée “

Circulaire ministérielle

 

Les docteurs Avril et Quéméré ( Pêcheurs d’Islande 1984 ) vont peut être trop vite en acceptant les “ six boujarons réglementaires “ car c’est bien la dépêche du 11 décembre 1857 et non celle du 6 février 1896 qui fixe la quantité d’avitaillement maximum officielle journalière d’eau de vie à 25 cl, en 1896 cette quantité légale passe à 20 cl. L’erreur provient de Grossetête  ( La Grande Pêche p 180 )

 “ En 1896 une circulaire ministérielle rappelait ces documents et fixait la ration maxima d’alcool à 25 cl “

 

Mais l’erreur initiale peut provenir de Coquin car Grossetête  note Coquin  op citat p 48.

Les docteurs ajoutent :

 “ Quoiqu’il en soit dans la pratique, la ration quotidienne était largement dépassée avec la provision personnelle des marins. On peut donc évaluer à plus de quarante centilitres en moyenne la quantité d’eau de vie journellement ingurgitée en mer “

 

Les provisions personnelles pouvant dépasser un litre ou deux d’apéritif restent à prouver et ce n’est pas la crédulité des soit disant témoins qui nous donnera confiance

Ce qui induit Th. Fillaut ( Les bretons et l’alcool ) en erreur :

 “ Si la ration journalière s’élève à six boujarons, soit un tiers de litre, avant d’être réduite à 25 centilitres le 6 février 1896 pour être finalement ramenés à 5 centilitres seulement en 1910, elle était largement dépassée dans les faits “

 

Les erreurs pittoresques ont la vie dure.

 

De quelle arithmétique obscure proviennent les six boujarons ? Pas des comptes de l’Administration en tous cas ! A Islande du moins la ration officielle de 25 cl avant 1896, mais abaissée à 20 en pêche et 6 en route par les règlements de Paimpol et de Saint Brieuc doit être distribuée en une seule fois le matin. Le boujaron n’est pas son instrument de mesure. Il s’agit sans doute d’une réminiscence de la pêche de Saint Brieuc et Saint Malo au French Shore de Terre Neuve où la ration d’eau de vie des pelletas pendant la période de souque de 25 centilitres devait être divisée en six fois dans la journée. (Capitaine Désury ).

            D’ailleurs si le marin d’Islande était intéressé par les distributions d’alcool c’était avant tout parce que il représentait la monnaie d’échange la plus efficace pour traficoter avec les gens du pays. Il est curieux que les autorités françaises ne s’en sont pas rendu compte mais les marins ne pouvaient s’en vanter et étaient censés consommer toute leur ration.

 

J.G.

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