1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 08:00

 

Quand on parle de sauvetage en mer, à proximité des côtes ou dans les ports, l’usage de la « ligne Brunel » est souvent évoqué. Mais de quoi s’agit-il au juste ?

 

 

Joseph Brunel, un sauveteur émérite

 

Reportons-nous en 1894, dans le N° 340 de « La Science Illustrée », page 59 :

 

« M. Brunel, lieutenant des douanes en retraite, rési­dant à Dieppe, est un sauveteur intrépide dont les actes de dévouement ne se comptent plus. Nombre de malheureux en péril ont dû la vie à son interven­tion individuelle. Maintes fois, il s'est jeté à l'eau, tout habillé, la nuit, et même en plein hiver pour repêcher des marins qui se noyaient. Son existence, de par la profession qu'il exer­çait, s'est passée au bord de la mer. Il s'est rendu compte qu'en l'absence d'un homme assez énergique pour se précipiter au secours d'un infortuné en détresse, un engin pratique, d'un maniement facile, rendrait le plus souvent le, même office, sans mettre en danger la vie du sauveteur.

 

Son expérience et son ingé­niosité lui ont permis d'établir toute une série d'appareils dont l'efficacité est remarquable. Le gouvernement a récompensé l'initiative et les mérites de M. Brunel par une nomination dans la Légion d'honneur, le 14 juillet dernier.

 

Parmi ces engins, nous cite­rons la ligne Brunel, qui vaut surtout par son admirable sim­plicité. Malgré son invention relativement récente, elle pos­sède déjà à son actif un nombre considérable de sauvetages, si bien qu'en certains ports, les douaniers en faction sur les quais, les surveillants de navire en ont été munis.

 

Il est à souhaiter que ce modeste appareil, peu coûteux, se généralise sur le littoral entier, sans ou­blier le cours de nos fleuves où des accidents journa­liers coïncident avec la période des bains froids et des parties de canotage.

 

L'engin se compose d'un flotteur, en forme de bobine, sur lequel s'enroule un corps de ligne qui se termine par un grappin. Le centre de la bobine est creusé dans sa longueur pour recevoir, à l'état de repos, la tige du grappin, dont les pointes s'appli­quent sur la tête du flotteur, de façon à ne pas gêner le porteur qui enferme le tout dans un étui de cuir, lequel se porte à la ceinture (fig.1)

Sauvetage en mer : La ligne Brunel

Un bruit de chute a retenti, le douanier ouvre vive­ment, sort l'appareil (fig.2), retire le grappin qu'il garde dans la main gauche. De la droite, il lance la pelote de ligne, en tenant horizontalement le bout de corde en dessous. La ligne se déroule, le flotteur tombe à proximité de l'homme qui se débat et qui saisit la bobine flottante ; le douanier n'a plus qu'à haler sur le fil.

 

Si le noyé avait perdu la tête et qu'il fût incapable de se cramponner au flotteur, on rappelle vivement le corps de ligne et c'est le harpon qui est lancé à quelques mètres au-delà de l'homme en détresse. La ligne est ramenée aussitôt, avec précaution, sans trop de hâte, pour que les crochets du grappin mor­dent utilement dans les vêtements.

Dans le cas où le sauveteur juge de prime abord que le naufragé n'aura pas la présence d'esprit de se servir du flotteur, c'est le grappin qu'il lance en pre­mier. Pour cela il déroule entièrement la ligne, prend le flotteur de la main gauche et le grappin de la main droite (fig.3). La manœuvre dure à peine quelques secondes.

 

Sauvetage en mer : La ligne Brunel

Les précautions à prendre pour l'entretien de la ligne sont des plus sommaires. Si elle a été mouillée à l'eau de mer, on la lave à l'eau douce ; on la sèche, mais non au feu, afin d'éviter de gercer le flotteur et finalement, on l'étire avant de l'enrouler, de peur qu'elle ne se vrille et, ne s'emmêle au moment du service. Lorsque le cordage s'allonge, ce qui se produit après un long usage, on raccourcit de la quantité suffisante, pour que la bobine soit recouverte du même nombre de spires, car un chevauchement pro­duirait un arrêt et une perte de temps, fatale en de semblables circonstances.

 

M. Brunel vient de rendre plus portatif encore cet engin déjà si commode. La petite ligne, qu'il a com­binée et dont on ne saurait trop recommander l'adop­tion aux pécheurs, baigneurs, canotiers et, généralement, à tous les amateurs de plaisirs nautiques, la petite ligne, enfermée également dans un étui de cuir, ne prend pas plus de place qu’un paquet ordinaire de cigarettes.

Le fil éprouvé, long au moins de 15 à 30 mètres ­soulève une charge, de 90 kilo. ; il permet d'entraîner à la surface de l'eau une grappe de cinq à six personnes et de les amener à un endroit où l'abordage est possible. Le grappin qui pèse 49 grammes est suffisamment lourd pour s'enfoncer rapidement dans l'eau, quelle que soit la violence du courant.

 

Il est probable que, dans la pratique, c'est le grap­pin que l'on aura le plus souvent à lancer, car il est rare qu'un homme qui se noie conserve quelque peu de sang-froid. Le grappin, même manié avec précau­tion, fera aussi sans doute quelques égratignures à ceux qu'il sauvera et qu'il accrochera en un point quelconque, pas toujours recouvert de vêtements. C'est là un bien petit inconvénient qui peut être évité si le sauveteur est adroit et qui d'ailleurs ne peut être mis en balance avec le résultat obtenu. Il est à souhai­ter que la ligne Brunel se répande non seulement, parmi les gens, mariniers et douaniers, dont l'exis­tence se passe au bord de l'eau, mais aussi parmi le grand public.

 

Un détail bon à noter et que nous oublions : M. Brunel est président de la Société des sauveteurs dieppois. »

 

G. Teymon.

 

 

Un engin de sauvetage très efficace

 

Voici 3 photos récentes que nous devons à Jean-Pierre Clochon (que nous remercions), auteur d’un article sur la ligne Brunel, paru dans son blog consacré à l’histoire du Conquet et à la station de sauvetage en mer (snsm) :

http://recherches.historiques-leconquet.over-blog.com/article-le-conquet-la-ligne-brunel-jp-clochon-109769124.html

 

Cette ligne Brunel provient du premier abri du canot de sauvetage du Conquet, converti partiellement, durant un temps, en bureau des Douanes.

Sauvetage en mer : La ligne Brunel
Sauvetage en mer : La ligne Brunel
Sauvetage en mer : La ligne Brunel

La ligne Brunel fut largement diffusée par la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés créée en 1865 (1). On admet qu’elle fut à l’origine du sauvetage de centaines de vies, voire de milliers à une époque où peu de gens savaient nager.

Dans ses Annales du Sauvetage Maritime (en ligne sur Internet via le site Gallica), la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés éditait un état statistique bisannuel des moyens de sauvetage mis en œuvre pendant la période. La ligne Brunel y était régulièrement comptabilisée ainsi que la ligne Torrès, une autre variante en usage.

 

Exemple en 1899 :

Sauvetage en mer : La ligne Brunel

(1) Les Sauveteurs en Mer sont regroupés, depuis 1967, au sein d’une association, loi de 1901, reconnue d’utilité publique : La Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) née de la fusion de deux sociétés :

    - la SCSN, Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (1865)

    - les HSB, Hospitaliers Sauveteurs Bretons (1873).

 

 

D.C.

 

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