1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 08:00

 

Or, de Porz-Even les falaises

Depuis un mois, dès le matin,

Sont couvertes de Paimpolaises

Observant l’horizon lointain...

               Th. Botrel

 

C’est à la suite du goût immodéré de Botrel pour les falaises et la fascination de Loti par les calvaires bretons que Kroaz-Pell, vestige de la première chapelle de la Trinité en Ploubazlanec est devenue la Croix des Veuves.

 

L'image fera fortune !

 

Même Maria Carfantan, à Binic, est censée se rendre à la falaise du Corps de Garde à Binic "Près de la Croix", mais alors, noblesse oblige, tout de blanc vêtue et elle scrute l'horizon avec une lunette astronomique. Quant aux mères, sœurs, filles, fiancées, tous les parents voisins et amis des marins se regroupaient sur la falaise de Binic.

 

S'il est certain que du point de vue magnifique des hauts de Porz-Even on domine les approches maritimes de Paimpol, peu d‘épouses et encore moins de veuves ont dû y faire un guet soutenu. D'abord parce que la grande majorité des Islandais paimpolais étaient de l'intérieur des terres, de l'Argoat des "genêts et des landes" et ne pouvaient investir le site.  Mais surtout la grande majorité des islandais ne revenaient pas au port d'attache par la mer mais par les prosaïques chemins de fer, diligences ou pédibus, à partir d'un autre port français mieux placé sur la route des livraisons. C'est ce que l'on appelait "La Conduite". Car les navires allaient livrer leur pêche à Bordeaux, la Rochelle, Nantes et débarquaient leur surplus d'équipage sur la route : A L‘Aber-Wrach, Brest, Le Croisic, Saint Martin de Ré ou même au port de destination.

 

Seuls revenaient directement au port d'armement et alors tôt, août ou début de septembre, ceux qui confiaient leur cargaison à un autre.

 

" Les Chasseurs" livraient automatiquement au port destinataire et en repartaient souvent au cabotage.

(NB : les navires nommés ‘chasseurs’ viennent ravitailler les navires et les équipages en sel, matériel divers, alcool et courrier et rapportent en France le produit de la première pêche).

 

Les retours d'Islande

Retour de la GLANEUSE à Dahouët vers 1896

 

Le compte-rendu des rentrées en 1873 est une bonne démonstration de la difficulté d'attendre un navire non annoncé et encore les navires de port plus excentré comme Dahouët s‘arrêtaient en route à Bréhat, Paimpol, Binic, Le Légué pour y déposer du monde ou attendre la marée. Les navires de l'armateur de Kerjégu s‘arrêtaient plus facilement à Dahouët ou à Erquy qu‘au Légué mais dans ce cas l'équipage, déposé à sa porte, n'avait pas le droit aux 5 francs de "conduite" pour rentrer.

 

SAINTE ANNE du Légué, armement ROBILLARD.

 

"L'armateur se réserve le droit de débarquer l'équipage soit au port d'armement soit dans tout autre port français. Mais dans ce dernier cas le capitaine renverrait aux frais de l’armement la partie de l'équipage qui ne devra pas tester pour les voyages d‘hiver en leur payant par le chemin de fer leur place en 3éme classe plus 3 francs par jour pour indemnité de nourriture".

 

Les voyages d‘hiver se prolongent parfois jusqu'en fin de février !

 

La situation peut être parfois plus compliquée car un certain nombre de marins ne participant pas aux voyages de livraison n'attendaient pas d'être débarqués dans un port français mais embarquaient "en ressac" sur un autre navire à Reykjawik ou à Patrixfiord. Le capitaine doit alors faire une déclaration de "ressac".

(NB : Le ressac est l’opération consistant à rapatrier un équipage sur un autre navire à partir des lieux de pêche).

 

ALBERT ELISABETH armement CARFANTAN  1878.

 

" Je soussigné, capitaine du sloop "Solide" avoir reçu de M.Bouguet, capitaine de "l‘Albert Elisabeth", les passagers dont les noms suivent:

Héllouvry, Chrétien Joseph, François Auguste, Rouault, Le Roy, Brouard, Joualan, Le Maux, Arzur, Le Bail, Guyomard, Le Pollés, Rouault, Pariscot

Que je m’engage à conduire à destination de France".

A Patrixfiord Islande . Le capitaine Aubry.

 

Ce n'est pas au départ mais au cours de la campagne que le capitaine a le droit de choisir ceux qu'il gardera, renverra "en ressac" ou débarquera en cours de route. De plus il n‘est pas rare de voir un ou plusieurs marins faire la première pêche sur un navire et la seconde sur un autre de la même bourse : son nombre de morues de la première pêche le suivait alors pour établir son compte final.

 

Les naufragés, car deux équipages sur trois au moins se sauvaient en cas de sinistre, revenaient soit sur le navire de l'Etat soit en "ressac", soit tout simplement par la ligne régulière de vapeurs Reykawick à Leith et Dunkerque, le reste par voie de terre évidemment. Une partie pouvait être récupérée en Islande pour refaire l‘équipage d'un navire ayant subi des pertes par maladie ou accident.

 

Les malades guéris ou non étaient rapatriés par le "navire de surveillance", le navire hôpital des œuvres de mer ou confiés à un chasseur. Le stationnaire était bien obligé de garder les malades mentaux.

 

Comment dans cette situation complexe une femme pouvait elle attendre son homme, une mère son fils à moins d'être prévenue c‘est à dire de le savoir sauf sinon sain ?

 

La très grande majorité des naufrages se produisaient en route pour l'lslande ou en première pêche de printemps très éprouvante, donc tôt dans l'année. Ils étaient donc connus au moment du séjour et rassemblement en baie de la mi-mai et la nouvelle en revenait par les chasseurs.

 

Le gros souci des officiers de surveillance était de ne pas laisser courir des bruits non fondés de sinistres.

 

MARIE VICTOR de Binic

 

"Pendant le premier mois de mon séjour en lslande, j'avais entendu manifester quelques craintes au sujet de la "Marie-Victor" de Binic. Plusieurs capitaines m'ayant presqu'affirmé que cette goélette avait disparu en mer. J‘ai donc été très heureux lorsqu’en arrivant à Faskrudfiord j'ai trouvé ce navire au mouillage et ayant fait une bonne pêche".

 

" Craignant que le bruit de sa perte n‘ait couru en France, j‘ai écrit au commissaire de l'Inscription maritime de Binic pour l‘engager à rassurer au besoin les familles des marins embarqués sur ce bâtiment".

 

Dans le cas contraire les mauvaises nouvelles arrivaient par voie officielle sans tellement tarder car la ligne télégraphique reliant Seydisfiord à Leith ne date que de 1906 et l'installation de la T.S.F. à bord du croiseur Lavoisier de 1907. Auparavant I'Islande était reliée au continent par le service de vapeurs Reykjawick-Leith, les escales du navire stationnaire et le navire des oeuvres de mer.

 

Ce n'est donc pas dans les circonstances romantiques décrites que les veuves apprenaient leur malheur.

 

Les retours à Paimpol en 1873

 

- 5 navires n'en reviennent pas (naufrages)

- 11 reviennent directement.

- 26 débarquent l'équipage en route :

- 5 à La Rochelle

- 9 à Saint Martin de Ré

- 7 à Bordeaux

- 2 à Brest

- 2 à Nantes

- 1 à Pauillac

 

Sur les 26 :

- 4 reviennent à Paimpol en septembre

- 7 en octobre

- 9 en Novembre

- 6 en décembre.

 

Dates probables d'arrivée du courrier d’Islande à Paimpol en 1904

 

- 30 Mars - 8 Avril - 11 et 25 Mai - 18 et 27 Juin - 19 et 29 Juillet - 31 aout - 5 et 17 septembre 7 octobre - 2 et 20 Novembre - 19 et 28 décembre.

 

J.G.

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