1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 09:00

 

Au temps des Gaulois

 

Les îles de la Manche relevaient apparemment des Coriosolites, qui peuplaient la côte nord de l’Armorique et non des Unelli du Cotentin. C’était pour eux un relais pour leurs voyages en Grande Bretagne et on y a trouvé de leur numéraire en grande quantité.

 

Ces faits suffisent à prouver, en grande partie, qu’à l’époque gauloise l’île de Jersey était coriosolite, et la resta sans doute durant l’occupation romaine.

Guy Guennou - La cité des Coriosolites

 

Hardis navigateurs, ils partageaient en quelque sorte la thalassocratie avec les Vénétes ; ils sillonnèrent la Manche, se rendant en Bretagne via Jersey, cette dernière pouvant avoir joué le rôle d’étape entre la cité gauloise et les Celtes de Bretagne. Il nous paraît impensable qu’un peuple marin, dont les côtes se découpaient en face de la future Grande Bretagne, ne s’y soit pas aventuré.

Guy Guennou

 

La période romaine a été très discrète et le nom latin de Cesarea pour Jersey serait une création tardive. On peut supposer que les îles de la Manche n’avaient pas grand intérêt pour les Romains par rapport au continent et on ne sait trop à quelle époque les îles en furent séparées.

 

C’est probablement de l’époque gauloise que date la parenté étroite entre la race bovine bretonne dite Froment du Léon et la race bovine Jersiaise.

 

Avant l’intégration à la Normandie

 

Par une migration inverse des Coriosolites les Bretons de la Britannia, pressés par les Anglo-Saxons sont venus au Vème siècle s’établir en Armorique en y créant la Brittia (Breizh) utilisant aussi l’étape des îles de la Manche.

Beaucoup d’auteurs passent sous silence ou minimisent la présence bretonne dans les îles mais elle a été réelle et a duré au moins aussi longtemps que la présence normande.

 

En l’an 800, c'est-à-dire trois cent ans après l’établissement définitif de la dynastie franque, la population des îles n’avait pas été entamée par l’élément vainqueur et était restée bretonne armoricaine.

Pégot Ogier

 

Les Îles Anglo-normandes

Les Îles Anglo-normandes

Ce n’est pas le Couesnon qui a mis le Mont en Normandie mais Guillaume Longue Epée en 933 en créant son Duché à partir de la Neustrie et en empiétant sur le territoire des Bretons ‘in ora maritima sita’. Auparavant comme l’Avranchin les quatre îles de la Manche Jersey, Guernesey, Serq et Aurigny reconnaissaient l’autorité du roi de Bretagne et de l’évêque de Dol.

Quatuor insulas marinas, id est Lesiam Angiamque, Sargiam Besargiamque, Hilbertius rex imperator Sancto Samsoni …tradidit

 

La majorité des saints locaux sont Bretons à commencer par Samson premier évêque de Dol et Brelade (Branwalatr) son successeur, avec Suliau, Magloire (Maelar), Tudwal, Brioc et Macaire. Ils sont trop nombreux pour être de simples emprunts de voisinage d’autant plus que Ouen représenterait sans doute Owen, Pierre peut être Paer (Patern) Jean peut être Iwan (Jouan) et Hélier Herel (l’origine soi-disant belge de Hélier n’est pas très claire). Les autres saints, Laurence, Martin, Sauveur sont abondamment représentés des deux cotés

 

 

Carte Bellin - 1764

Carte Bellin - 1764

Plus tard la dépendance de l’état breton est encore plus nettement affirmée.

Les moines de Léhon venus chercher le corps de Magloire s’adressent aux gens de Serk ex parte regis (Nomenoe rex noster).

Le recrutement de l’armée de Judwal  se fait à Lesiam Angiamque.

Anowaret précise In insula,cui nomen est Angia quam Brittonum gens incolit.

Loiescon chef breton possède trois îles de la Manche et donne Sargia (Serk) à Magloire, Nivo riche seigneur breton possesseur de Bissargia (Aurigny) propose un tiers de l’île à Magloire.

 

So in spite of the contention that the Channel Islands were not in the British (i e Breton) or Celtic sphere or influence between the fifth and 11th century, much of the evidence seems to point the other way. There need be no difficulty in supposing that they remained in the bishopric of Coutance nominally under Frankish political control, while at the same time being inhabited largely by celtic peoples of british origin.

Mac Cormack Channel Islands Churches

 

C’est avant tout Jersey la plus proche des côtes bretonnes et sur la route vers la Grande Bretagne qui après la conquête normande va garder les liens les plus forts avec les Bretons armoricains et même jusqu’à une époque récente avec les journaliers agricoles au point que ses habitants étaient appelés par leurs voisins les ‘crapauds bretons de Jerry’ (Jersey).

Il est même resté des mots bretons dans le parler local une houine est une puce (c’hwen) dravan à Guernesey une raie (travank) mais il est peut-être difficile de dater ces emprunts qui peuvent provenir des travailleurs saisonniers.

 

Les noms de lieux ont gardé une forte empreinte bretonne car on trouve beaucoup plus de noms en ‘Ville’ suivis du qualificatif, à la mode de la Haute Bretagne ayant parlé breton, correspondant aux noms en ‘Ker’, que de noms de paroisses terminés en ‘Ville’ à la mode normande.

 

Malgré l’incorporation de îles au duché de Normandie et à l’évêché de Coutance le passé breton n’avait pas encore été oublié par les autochtones en 1406 lors de la harangue de Pero Nino aux gens de Jersey.

 

J.G.

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