1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 09:00

 

Du temps des goélettes terre-neuviennes les instruments de navigation embarqués étaient simples, donc robustes, parfois rudimentaires mais efficaces :

  • Les périodes de temps, scandant les activités de la journée, étaient mesurées par différents sabliers adaptés à chaque type de mesure.

  • La direction de la route suivie était donnée par la boussole, plus communément appelée compas, dont le disque mobile était une rose des vents graduée en 32 quarts (ou rumbs) de 11°15'.

  • Au large, par temps clair, les relevés astraux au sextant permettaient de calculer la latitude du navire. Plus tard, associé à un chronomètre précis on obtenait la longitude, donc la position absolue.

  • Pour sonder la hauteur d'eau et connaitre la nature des fonds marins, on utilisait une ligne de sonde, dont l'extrémité plombée permettait, par un évidement "suifé", de remonter quelques éléments du fond (sable, maerl, algues, coquillages ...).

  • La vitesse du navire était obtenue par le loch dont les versions primitives étaient constituées d'une ligne à nœuds filée derrière le navire. Cet équipement vous est présenté ci-dessous.

  • Le renard (1) était une planchette où l'on plaçait des chevilles pour enregistrer les données de cap, vitesse et temps pendant les quarts de timonerie ; ces données permettaient de calculer la route suivie et la position "estimée" du navire au terme du quart écoulé.

 

 

Rappels : Unités marines

 

Distance en mer :  1 Mille marin (M) =  1852 m   correspond à 1 minute de Latitude.

Vitesse :  1 Nœud (Nd) = 1Mille marin par heure = 0,5144 m/s   soit   15,43 m en 30 secondes.

 

 

Principe du Loch à bateau

 

Le loch est un instrument destiné à mesurer la vitesse du navire.

Le loch à bateau présenté ici était en usage sur les voiliers, notamment au temps des goélettes vers 1850.

Le principe du loch à bateau est très simple :

 

  1. Une ligne est enroulée sur un touret maintenu à la poupe du bateau (à l'arrière).

  2. L’extrémité libre de la ligne est "ancrée" dans l'eau au moyen d’une petite ancre flottante appelée "le bateau de loch".

  3. La ligne, ancrée par le bateau de loch, se déroule librement derrière le navire en fonction de l'avancement de ce dernier.

  4. Reste à mesurer la longueur déroulée pendant une durée précise. Cette longueur est bien-sûr représentative de la vitesse du navire.

 

Le principe de réalisation est le suivant :

La ligne de loch est construite en plaçant des repères (un simple nœud), tous les 15,43 m (distance parcourue en 30 secondes à la vitesse d'un Nd).

En réalité, pour compenser la dérive faible mais inévitable du bateau de loch, on espaçait les nœuds de 14,62m au lieu de 15,43m.

 

Avec une telle ligne et pendant une mesure de 30 sec (sablier), on obtient en lecture directe :

1 nœud filé par-dessus bord    =  1 Nd de vitesse du navire

2 nœuds filés par-dessus bord = 2 Nd de vitesse du navire

etc.

On retrouve ici l'origine de l'expression "le navire file x Nœuds"

 

 

Le bateau de loch - Description

 

C'est une petite planchette triangulaire dont l'un des 3 bords est plombé.

Les 3 pointes sont attachées à 3 brins ; l'ensemble formant parachute est relié à la ligne de loch.

Jetée à l'eau, la planchette plombée, en limite de flottaison, se met en position verticale puis, tractée par la ligne de loch, elle tend à s'opposer à l'avancement du navire.

Le Loch à bateau

Récupération : Les 2 brins du côté plombé de la planchette sont réunis dans une fiche qui s'emboite dans le fémelot placé sur le 3ème brin. Lorsque la ligne est tirée d'un coup sec, la fiche sort du fémelot. Le bateau de loch "démâté", tenu par le coté non plombé se met à plat sur l'eau. On peut rembobiner rapidement la ligne sans effort et sans abimer tout l'attelage.

 

 

La ligne de loch - Description

 

La ligne est repérée de la façon suivante :

D'abord, en partant du bateau de loch, une longueur de navire (touée) est repérée sur la ligne par un morceau d'étamine rouge (la houache).

 

Puis après chaque intervalle de 14,62m (représentant 1Nd de vitesse), on place un repère sur la ligne :

premier repère    : on fait 1 nœud dans la corde.

deuxième repère : on fait 2 nœuds adjacents

troisième repère  : on fait 3 nœuds adjacents   etc.

 

Ce marquage permet d'identifier la vitesse en ne comptant que les nœuds adjacents du dernier repère filé (sur une ligne plus rustique - un simple nœud tous les 14,62m - il faudrait compter tous les nœuds filés depuis la houache).

Parfois on marquait même les 1/2 Nd par un petit morceau de cuir.

 

 

Mise en œuvre du loch à bateau - Mesure de la vitesse

 

  • Pour soustraire le bateau de loch aux remous du sillage, on laisse d’abord filer la ligne d’une longueur de navire (une touée), repérée sur la ligne par la houache.

  • A l'instant précis où la houache passe par-dessus bord, on retourne le sablier de 30 secondes. C'est le début de la mesure.

  • En fin de sablier on bloque le touret.

  • On peut alors lire la vitesse du navire en fonction du dernier repère filé par-dessus. Si par exemple le dernier repère filé comporte 5 nœuds adjacents, la vitesse du navire est de 5 Nd + la fraction filée avant les 6 Nd. 

  • Reste à démâter le bateau de loch d'un coup sec sur la ligne. On peut rembobiner.

Le Loch à bateau

Mise en œuvre du loch à bateau. Sur le pont on voit le bateau de loch d'un loch de rechange.

 

 

Evolutions du loch

 

Le loch à bateau fut avantageusement remplacé par un loch à hélice.

Une hélice remplace le bateau de loch. La ligne de loch devient un câble anti-torsions relié à un compteur à aiguilles traduisant les tours d'hélice en vitesse (Nd).

Les avantages sont multiples :

- l'installation est plus robuste

- la lecture de vitesse est permanente et immédiate

- on pouvait laisser le loch en action pendant de longues périodes (en vérifiant régulièrement le bon dégagement de l'hélice)

- Le compteur pouvait totaliser les tours sur une longue période en indiquant la distance parcourue en Milles marins.

 

Plus tard, tout l'attelage mobile de mesure fut concentré sous la coque. On observa tour à tour des lochs de coque à hélice, des lochs électromagnétiques, à écoulement d'eau entre deux électrodes, des lochs électroniques, acoustiques et doppler etc.

 

D.C.

 

(1) Le "Renard" a fait l'objet d'un précédent article sur ce site : 

     06/12/2011 Tenue de l'estime - Le Renard

 

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