1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 09:00

 

Dahouët possédait un entrepôt à sel dont l'histoire remonte à 1851, suite aux réclamations des principaux armateurs Le Péchon et Rubin de Rays pour les besoins des campagnes de grande pêche à Terre-Neuve et Islande. L'entrepôt, plus communément appelé grenier à sel, fut ouvert au commerce le 9 Octobre 1856 et déconstruit en 1974, laissant place au hangar actuel de la "Pauline" (Dahouët port de Bretagne Nord - Tome 1 - André GUIGOT  1988).

A gauche, le grenier à sel près de la maison de l'armateur-commerçant LE PECHON - Coll APMD.

A gauche, le grenier à sel près de la maison de l'armateur-commerçant LE PECHON - Coll APMD.

Le sel est indispensable tant à la grande pêche, à bord des navires pour conserver la morue, qu'à terre pour la salaison des produits de la petite pêche destinés à la consommation.

Le sel est aussi un produit très réglementé et sa circulation est régie par un certain nombre de lois, de décrets et de circulaires définis par les services des Douanes.

 

L'article qui suit n'a d'autre but que de rappeler, dans leurs grandes lignes, les modalités définies par les Douanes Françaises concernant le fonctionnement des entrepôts et l'utilisation des sels dans le cadre de la grande pêche à Dahouët pour la période 1847 à 1913.

Il s'appuie sur l’ouvrage “Traité pratique des Douanes - M.A. DELANDRE, Tome II, 1866".

 

 

1/ Les entrepôts

 

L’entrepôt général

 

L’entrepôt général est celui d’où les sels peuvent être expédiés, comme des marais salants, pour toutes destinations. Les sels étrangers peuvent être placés dans les entrepôts généraux mais ils ne doivent jamais être confondus avec les sels de France.

 

Les sels jouissent de l’entrepôt général dans les villes de Dunkerque, Calais, Boulogne, Etaples, Saint-Valery-sur-Somme, Abbeville, Dieppe, le Havre, Rouen, Honfleur, Caen, Cherbourg, Granville, Marans, Saint-Malo, le Légué, Morlaix , Brest, Lorient, Quimper , Vannes , Redon, Nantes , la Rochelle , les Sables , Rochefort , Charente, Bordeaux, Libourne, Bayonne, Narbonne, Cette (Sète), Agde , Marseille, Toulon, Arles, Paimboeuf, Fécamp, Cannes, Saint-Valéry-en-Caux, Tréport, Gravelines, Régneville, Dahouët (par Décret du 14 février 1852), la Nouvelle, Saint-Jean-de-Luz, Courseulles, Paimpol (Loi du 4 juin 1864, art. 6), Nice.

Entrepôt général (grenier à sel) de Dahouët dans les années 50 - Coll André Guigot

Entrepôt général (grenier à sel) de Dahouët dans les années 50 - Coll André Guigot

Les sels placés dans les entrepôts généraux, sous la double clef de la douane et du commerce (deux serrures différentes), n’acquittent les droits que lorsqu’ils en sont tirés pour la consommation. La durée de l’entrepôt général, légalement constitué, est de trois années.

 

Les sels placés en entrepôt général dans un port peuvent être expédiés par mer, à destination d’un autre port. Si ce dernier port jouit de l’entrepôt, lesdits sels peuvent y être de nouveau entreposés ; dans le cas contraire, ils payent les droits au moment du débarquement.

 

Entrepôt spécial

 

Dans beaucoup de localités du littoral, de nombreuses familles qui alimentent l’Inscription Maritime n’ont d’autres moyens d’existence que la pêche côtière. 0n devait dès lors désirer qu’un plus grand nombre de ports que ceux d’entrepôt général fussent ouverts aux approvisionnements pour cette pêche et la salaison à terre de ses produits.

 

Subordonné aux conditions de l’entrepôt réel, l’entrepôt spécial doit se composer d’un bâtiment unique, susceptible d’être mis à la disposition de tous les intéressés ; mais on peut se montrer moins rigoureux pour la constitution de l’entrepôt spécial, que s’il s’agissait de l’entrepôt général.

 

Les sels destinés à la pêche maritime sur les côtes de France, ou petite pêche, et les salaisons en atelier, jouissent, dans tous les ports ou il y a un bureau de douanes, d’un entrepôt spécial, en quantité proportionnée au nombre et au tonnage des bâtiments employés à cette pêche, sous toutes les conditions et formalités prescrites pour les marchandises en entrepôt réel.

Les sels étrangers ne doivent jamais être confondus avec les sels de France.

La durée de l’entrepôt spécial, est d'une année.

Aucun entrepôt spécial ne peut être établi dans un port où il existe déjà un entrepôt général.

 

 

2/ Pêches maritimes et salaisons

 

Dispositions générales

 

La grande pêche est celle de la morue, de la baleine, du cachalot, etc. ; toutes celles qui se font dans des mers lointaines ;

Morue moyenne  0,7 à 1 m,  10 à 30 kg

Morue moyenne 0,7 à 1 m, 10 à 30 kg

La petite pêche, qu’on appelle aussi pêche côtière, est celle qui a lieu sur les côtes de France ou dans des mers peu éloignées, et dont l‘objet est de prendre le hareng, le maquereau, la sardine, la raie, le thon, les anguilles, etc.

 

Le payement du droit de consommation n'est pas exigé pour les sels destinés à la pêche maritime, dans les proportions déterminées par les règlements.

Les sels destinés à la pêche de la morue ou grande pêche ne peuvent être tirés que des entrepôts généraux, ou directement des lieux de production. Ceux destinés à la petite pêche peuvent être extraits des entrepôts généraux, des entrepôts spéciaux ou des marais salants.

 

Circulation du sel pour la grande pêche

 

La circulation du sel de grande pêche est très réglementée. En voici quelques règles.

 

Il est permis d’embarquer à bord des navires expédiés pour la pêche de la morue telle quantité de sel que les armateurs jugent convenable.

 

Les armateurs ont la faculté de faire leurs approvisionnements

- soit en franchise de toute taxe, en sels de France et des colonies ou possessions françaises d’outre-mer,

- soit en sels étrangers de toute origine et de toute provenance, à charge, dans ce dernier cas, de payement d’un droit de douane.

Toutefois, sont exempts de tout droit les sels étrangers employés pour la salaison en mer et le repaquage à terre (voir ci-dessous) des morues provenant de la pêche d’Islande et du Dogger-Bank (En mer du Nord, entre Angleterre et Danemark).

 

Les sels peuvent être transportés directement des lieux de production, des possessions françaises ou des ports étrangers aux lieux de pêche.

L'importation en France et le transport sur les lieux de pêche des sels de toute origine, destinés à la préparation de la morue, ne peuvent s'effectuer que par navires français.

Les traités que la France a conclus ne donnent à aucun pavillon étranger le droit de prendre part à ces opérations.

 

Salaison des morues à bord

 

Les morues provenant des lieux de pêche, consistent :

 

1° En morues vertes, empilées, entre des couches de sel, dans la cale du navire, au rythme de la pêche, après que la tête et les intestins ont été enlevés ; on les rapporte ainsi en vrac ou en grenier. Elles se divisent en deux classes :

- la morue ronde, celle qui, n’étant fendue que dans le tiers de sa longueur, depuis la gorge jusqu’au nod, conserve une forme arrondie du côté de la queue ;

- la morue salée à plat, ouverte dans toute sa longueur : elle présente plus de surface à l’action du sel, s’en imprègne plus facilement dans toutes ses parties et en exige plus que la ronde.

Morue ronde et morue salée à plat

Morue ronde et morue salée à plat

2° En morues paquées, dites morues blanches, salées et alitées dans des tonnes ou barils, ce qui fait qu’elles se trouvent en saumure. Ce procédé, généralement suivi dans les mers d’Islande ou du Dogger-Bank, est nécessaire pour assurer la conservation du poisson pendant un laps de temps plus ou moins long.

 

3° En morues sèches, préparées sur les côtes de Terre-Neuve ou à Saint-Pierre et Miquelon, après salaison soit à bord des navires pêcheurs, soit à terre.

 

Morue sèche

Morue sèche

Puis ...

 

La morue verte est d’ordinaire destinée soit à être consommée dans l'état où elle se trouvait à bord du navire, soit à être séchée en France.

 

La morue salée à plat est parfois mise en saumure à terre et convertie en morue blanche.

Après avoir été retirée des tonnes et égouttée, la morue blanche y est replacée et fortement pressée entre des couches alternatives de sel, pour être ainsi expédiée sur les marchés : c’est le repaquage.

Relativement aux morues déjà salées, la douane entend par ressalage toute préparation autre que le repaquage, faite au moyen du sel.

 

0n appelle rogues de morue les œufs de ce poisson conservés avec du sel. Ces rogues sont employées pour servir d'appât à d'autres poissons.

 

Et les sels de coussins ?

 

On ne considère comme sels de coussins que ceux qui ont servi à la préparation de la morue ou qui ont été répandus par couches sur le poisson pour l’empilage dans la cale des navires et qui en sont séparés au débarquement.

Tout autre sel qui n’a pas été employé à cet usage, et qui, par conséquent, n’est pas mélangé de détritus de poisson, doit, nonobstant l’odeur dont il est imprégné, être traité comme sel neuf de retour.

Lorsque le navire de retour de toute pêche française de la morue relève (repart) pour un autre port, il peut conserver à bord, en exemption de toute vérification, le sel neuf ou de coussins qu’il a rapporté des lieux de pêche.

 

Le sel de coussins étant un sel immonde, devrait être submergé sous la surveillance des préposés. Mais il peut, si les armateurs le demandent, être entreposé.

 

D.C.

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  • : Atelier du Patrimoine Maritime de Dahouët
  • : Bienvenue sur le blog de l'association "Atelier du Patrimoine Maritime de Dahouët" (Pléneuf-Val-André - 22370) - Installé sur le port, dans l'ancien bureau des Douanes, l'atelier a pour objectifs l'étude et la conservation de l'histoire du port de Dahouët et de la baie de Saint Brieuc, tant au point de vue matériel qu'humain.
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