1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 08:00

Cet article complète celui du 1 mars 2016 : Les prédécesseurs aux pêches lointaines.

 

 

Mis à part les noms basques de la Côte Ouest (la Grande Baie) la toponymie des côtes de Terre-Neuve est bretonne, de langue française en grande majorité, quoiqu’évidemment obscurcie par les implantations anglaises dans le Sud.

 

Ceci est dû à une fréquentation très précoce et assidue, spécialement de notre côte Nord, des morutiers bretons (la Bonne Adventure de Bréhat, la Jacquette de Dahouët en 1510). Interrompue seulement par les guerres, ils y pratiquaient la pêche sédentaire avec prise de havre.

 

Le French Shore

 

Sur l'île devenue anglaise (avec des restes de population française les Jacotars) la côte dite du French Shore  ou Treaty Shore leur était réservée en exclusivité, les ressortissants anglais n'y ayant pas le droit de pêche et d'établissement.

French Shore et Toponymie de Terre-Neuve

Représentation des droits de pêche sur la côte du French Shore.

Avec l'aimable autorisation du site Newfoundland and Labrador Heritage Web Site    www.heritage.nf.ca

 

 

Le French Shore fut reconnu par le Traité d'Utrecht de 1713, entre la France et l'Angleterre. Il s'étendait de Bonavista à la Pointe Riche en passant par le détroit de Belle-Ile au Nord.

En 1783 une révision du traité déplaçait le French Shore du Cap St John au Cap Ray. Cette disposition sera maintenue jusqu'à la convention de 1904 qui supprime tous droits de pêche des français sur le littoral des côtes Terre-Neuviennes à l'exception des îles Saint-Pierre et Miquelon qui, perdues en 1713, redeviennent françaises par le traité de Paris en 1763.

 

Par suite des difficultés crées par la population croissante de l'ile devenue autonome, les malouins avec leurs satellites de Cancale et Granville lâchèrent les premiers pour le Banc et les paimpolais pour Islande. Les binicas (Binic et Portrieux) et les briochins (Le Légué et Dahouët) tinrent la côte Est du Petit-Nord jusqu'à possible, avant de se rallier à Islande.

 

Toponymie de Terre-Neuve

 

Comment donc s'étonner que les noms de l'Isle des Terres Neufves (An Douarou Nevez était synonyme d'Amérique pour les bretons jusqu'au début du siècle, note Dujardin) soient majoritairement d'inspiration armoricaine. Encore que tous les toponymes ne soient pas tous de la même époque et peuvent être obscurcis.

 

Globalement on désignait par "Petit-Nord" (en anglais Northern Coast) les côtes Nord et Nord-Est de l'île tandis que la côte Sud était désignée par "côte du Chapeau-Rouge".

Le Chapeau Rouge, en breton Kabell (cf Le Cabellou), est un terme ancien qui est en même temps un cap de terre et un couvre-chef.

Le nom de Chapeau-Rouge tiendrait son origine d'un rocher appelé « Chapeau-Rouge » et situé à l'ouest de l'entrée de la baie de Plaisance ; celui-ci ne laissait voir au-dessus de la mer que son extrémité (un peu comme un iceberg) et constituait un danger pour les vaisseaux qui risquaient de s'y fracasser.

 

Les Châteaux de la baie du même nom sont des Kastell, châteaux mais aussi gros rochers.

Rognouse existe à Binic et dans la Rance, le Cro est la grêve de Pléherel. Un nom comme le Cape Race ne retrouve son sens que si l'on sait qu'il se trouvait une Trespassey Bay entre le Capo Raso des cartes portugaise (1505 !) et le Cap Pine "lequel portait le nom de Van sur les premières cartes" (Ch A Julien). C'est donc bien et d'antiquité notre Pointe du Raz.

 

Si on englobe la microtoponymie des prises de havre rédigées soit au havre du Cro soit à Saint Servan le relevé des toponymes bretons à Terre- Neuve est un travail considérable.

 

Histoire de la Terre des Bretons

 

L'histoire de la Terre des Bretons (Acadie et île du Cap Breton) reste encore à faire car peu de gens savent ou veulent savoir que le Canada s'appelait d‘abord Nouvelle Bretagne avant que Champlain en fit la Nouvelle France (ancienne proposition de Paul d'Auxilhon). En 1534 François 1er époux de Claude, fille de Anne duchesse et reine, ayant obtenu en 1532 le rattachement de la principauté à la France envoya le malouin Cartier prendre possession (découvrir ???) du pays de la rivière "que les bretons appelaient Canada" ou Saint François avant de s’appeler Saint Laurent.

Ceci malgré l'opposition très ferme des malouins, des autres villes de Bretagne et du Parlement de Rennes. Lequel prétendra très longtemps légiférer directement à l'île des Terres Neuves (nombreux règlements sur la pêche et l'occupation des lieux) et s'opposera énergiquement à la nomination d'un gouverneur, fut-il breton comme De Mesgouez ou De Kéréon, dépendant lui directement du roi. C'est probablement là la source de la scission entre Cartier et Roberval, lieutenant général du roi.

 

L'histoire commence probablement vers 1450 ou 1460 au moment où les pêcheurs armoricains découvrirent la route plein Ouest vers la "Coste des Mollues” en utilisant la route en latitude sur le 48ème parallèle. Au moment de l'expédition de John Cabot parti de Bristol en 1497, il y avait déjà des pêcheurs sédentaires aux Terres Neuves car son fils Sébastien rapporte qu'on pouvait prendre des poissons avec des paniers. Personne ne semble avoir remarqué qu'il ne peut s'agir que de casiers et que cette appellation (paner) est encore très fréquente en Bretagne. Depuis Leif Ericson fils d'Eric Raude (le rouge) vers l'an mille, les scandinaves connaissaient bien la route du "Vinland" par le Nord, Féroë, Islande, Groenland.

 

C'est en tous cas vers 1460 que convergent les témoignages :

 

La chartre de Beauport réglant les droits de dîme dus par les habitants de l‘île de Bréhat à l'abbaye déclare que les droits sont dus, en 1514, pour la pêche aux Terres Neufves depuis "sexante ans et dedans

 

  • Le héraut Berry en 1469 donne comme opinion des bretons que "si une nef tiroit tout droit à la longue devers le couchant, oultre les paîs d'Illande, elle se trouveroit à la terre du Prestre Jehan"

 

  • François 1er déclare à l'ambassadeur de Charles Quint en en 1542 que ses nouveaux sujets bretons fréquentaient la côte des morues "plus de trente ans (mas de XXX anos) avant que les navires d‘Espagne ou de Portugal n‘aient navigué aux Nouvelles Indes".

 

  • Le sire de Fourquevault écrit en 1567 à Catherine de Médicis "Espagne et Portugal veulent que tout le Nouveau Monde soit leur et que les français n'y puissent naviguer, ni mesme vers le Nord que les bretons découvrirent plus a de cent ans

 

  • Le florentin Verrazano, envoyé par le roi de France, longe en 1524 "la terre que découvrirent JADIS les bretons."

 

C'est donc là l'opinion courante au début du seizième siècle en Bretagne et à la cour de France. Ce qui fait grincer des dents en 1541 à l'ambassadeur du Portugal "ces bretons prétendent avoir découvert le monde entier et toutes les Indes"

French Shore et Toponymie de Terre-Neuve

La cartographie internationale est pourtant d’accord : la Nouvelle Ecosse actuelle s'appelle la Terre des Bretons, avec le Cap ou Coinq des Bretons (Cap breton actuel) et l'île des Bretons (Ile du Cap Breton)

 

  • Tierra de los bretones - Diego Ribeira 1529

  • Tera que foy descubierta por bertomes

  • Terra de bretoni, Isola de bretoni - Ramusio

  • Estahe a Tera dus Bretones - Mercator

  • Terre des Bretons - Descellier,Tertu,Cartier

 

Il est même très probable que le Cavo de Inglaterra et la Mar descubierta per Ingleses de la carte de Juan de la Cosa en 1500 (en principe) représente le même territoire par une confusion (horrible) entre les bretons et les britanniques. On la retrouve dans l'ancien nom de Louisbourg, capitale de l‘île du Cap Breton, qui de Port Bretois (Lopo Homen 1554) devient le Havre à l'Anglois. De quoi réveiller le roi Arthur !!

 

L'acquiescement est universel :

 

  • "En ce pais et ès isles prochaines sont et demeurent les bretons. Bretons et danois font le voyage des bacallios"  -  De Gomara 1551

 

  • "Les côtes de ce pays ont été découvertes par les bretons, c‘est à dire les français de Bretagne, lesquels vont y pêcher et prennent certains poissons appelés bacallai qu’ils salent"  - Mattioli 1548

 

  • L'expression Costes de l'Acadie et Terres au Breton est encore employée par Thévenin en 1661.

 

  • Comment s'étonner que Jeanne d'Aragon en 1511 envoie Juan d' Agramonte "descobrir certa terra nova" en exigeant l'embarquement de deux pilotes bretons !

 

  • La petite agglomération de Brest dans le détroit de Belle-Île était considérée comme la “Ville” la plus importante du Canada pendant le 16ème siècle.

 

Il serait resté dans les dialectes indiens des mots bretons comme askorn=os, ti=maison, enez=île (L.Kervran). Si c‘était vrai ce pourrait être l‘origine de la légende des tribus indiennes parlant gallois et descendantes du découvreur légendaire Madeuc.

 

L'initiative des premiers voyages semblerait provenir surtout de Morlaix et de ses satellites : Bréhat, Baie de Saint-Brieuc à la grande époque des Koatanlem. Saint Malo ne semble prétendre n'être arrivé qu'en 1504 "sur le Grand Banc et le Banc Jacquet" (Gnout de Beauvais) probablement accompagnés par les normands de Granville.

 

J.G.

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