20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 09:00

 

En 1895 un fait divers a fait beaucoup de bruit dans les journaux du département des Côtes du Nord. L'ouvrier agricole Jean Burlot de Plaintel, embarqué au Légué pour faire la saison à Jersey, réalise l'exploit de ramener le sloop anglais Why Not, abandonné avec ses passagers par le capitaine et l'équipage qu'un début d'incendie avait plongé dans la panique. (Voir notre article : Le gars de Pienté et le WHY NOT  du 1 Mai 2016).

Burlot qui ne connaissait pas plus que ses compagnons la navigation, décide d'essayer de gagner la terre, se met à la barre, les hommes aux seaux d'eau et à la manœuvre, les femmes et les enfants à prier le Bon Dieu, la Sainte Vierge et ses Saints.

 

" Priez, priez, dis-je aux femmes, quand à vous hommes, travaillez "

 

C'est ainsi qu'il réussit à échouer le sloop sur la grève d'Erquy, et sauver tout son monde. Lui ou la Divine Providence ? Peut-être les deux, les écueils de la côte sont nombreux et invisibles la nuit. C'est un fait certain que les Bretons de l'époque ne comptaient pas plus que les autres sur la seule intervention de la Sainte Vierge pour se tirer d'affaire, mais une demande de secours aux puissances célestes avait au moins l'avantage de galvaniser les énergies défaillantes. Que de marins peu connus par leur piété auparavant, sont venus pieds nus en fin de campagne réaliser un vœu émis dans un moment difficile.

 

" Grand père ne mettait pas les pieds à l'église mais à cette occasion il a promis d'aller remercier ND de la Garde à Dahouët "

 

« Chansons des clochers-à-jour » Th-Botrel - Dessin Paul de Frick 1931

« Chansons des clochers-à-jour » Th-Botrel - Dessin Paul de Frick 1931

 

 

On retrouve une situation un peu analogue à celle du paysan de Plaintel par rapport à l'intervention divine, mais cette fois avec des marins professionnels, dans le récit que fait le capitaine Jean Hamonet de la Prosper Jeanne à l'écrivain Janvrais d'une fortune de mer survenue en Islande :

 

" L'équipage affolé se hisse sur le pont comme il peut, se cramponne aux bastingages et malgré l'ouragan j 'entendais leurs cris déchirants :

- Mon Dieu nous sommes perdus ! Ma mère ! Ma sœur ! Ma femme ! Mes pauvres enfants !

La situation était épouvantable. Il n'y avait pas une minute à perdre. La mer se précipitait dans la cale par les écoutilles et la moitié du navire était déjà submergée. Il fallait boucher les trous.     

- Aidez-vous, mes amis, criais-je aux marins, le ciel vous aidera. Si vous voulez revoir ceux que vous appelez, faites comme moi.    

Et montrant l'exemple qui fut suivi, je me mis à boucher les écoutilles.

J'essayais de faire arriver le navire pour prendre la fuite. Mon foc fut aussitôt enlevé avec sa draille, un second foc eut le même sort et le navire était tellement incliné que le gouvernail n'avait plus d'action. Il fallut à tout prix redresser le chargement, ce qui demanda deux mortelles heures de travail. Enfin à cinq heures du soir après avoir redoublé de précautions pour assurer l'arrivée du navire, je fis hisser le dernier foc qui me restait, cette dernière manœuvre réussit et le bâtiment pris la fuite devant le temps. 

Je me rappellerai toujours la prière dite ce soir-là sur le pont de notre quasi épave, à laquelle nous joignîmes un fervent De Profundis pour nos infortunés camarades."

Interview Jean Hamonet par Th Janvrais

 

Le chanoine Le Provost, secrétaire de l'Evêché, qui en 1897 félicite armateurs et ouvriers de leurs efforts de construction de goélettes neuves et fiables ne voit l'action qu'au point de vue de l'intervention des hommes "Les uns et les autres ont fait voir en quelle estime ils voient la vie humaine." Son collègue l'abbé Gicquello (1908 Pour nos marins ) ne tient pas un autre langage "confiants dans la Providence, la prudence du commandant, la solidité du navire".

 

Il est donc permis de trouver excessifs les propos de Charles Le Goffic ( Sur la côte 1896 ) qui affirme que les seules choses que les armateurs paimpolais avaient trouvées pour assurer la sécurité de leurs navires d'Islande c'étaient des prières à Notre Dame de Bonne Nouvelle. Ces accusations perfides sont contredites par les commissaires de la Marine de Paimpol, Leissen, Jamet et surtout Moreau qui témoignent, avec l'approbation du commandant de la Station Pivet des efforts de l'armement paimpolais après la reprise de 1886.

Ces propos malintentionnés sont à ranger avec ceux de l'anticlérical paimpolais Claude Gueux :

 

"Pas besoin au départ des hardies goélettes, qui vont braver là-bas, sous le ciel boréal, des glaces ou des tempêtes on ne peut plus positives, pas besoin de représentants de la Fiction endormeuse et de la Croyance qui paralyse, de cette foi depuis longtemps morte même dans le cœur de ceux qui s'en font des rentes."

Journal de Paimpol Fête des Islandais 1908

 

J.G.

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