20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 09:00

 

   Cette œuvre de bienfaisance, considérée comme une mutuelle en raison de versement de cotisations fondée à Saint-Brieuc en 1874, s'adresse à tous les navigateurs professionnels de petite pêche, cabotage, long cours mais en fait principalement de grande pêche, Terre-Neuve et Islande.

Elle se différencie ainsi de la "Caisse de Secours aux marins d'Islande" crée par les Paimpolais en 1859 et d'une autre "Société de Secours aux marins d'Islande de Paimpol" ayant pris sa suite en 1878 sous la direction des armateurs Duval et Le Goaster avec le même trésorier Méléard.

 

   L'existence de mutuelles officielles n'empêchera pas le recours à la Société Nationale De Courcy pour les non cotisants et au recours à la charité publique sous des patronages célèbres comme Pierre Loti et Théodore Botrel. Celui-ci malgré tout le mal qu'on peut en penser pour ses niaiseries et fayoteries, avait un cœur généreux et intervint encore en 1910 à la suite du naufrage de l'Hygie de Paimpol et du Glaneur de Dahouët. Une partie des ressources prévues provenaient de dons et souscriptions annuelles, au minimum de 5 francs, des personnes désireuses de venir en aide aux familles maritimes et d'inciter les marins à l'épargne et à la prévoyance.

 

   Le premier président de la société des Côtes-du-Nord est l'armateur Denis, maire de Plérin, qui reçoit le soutien de l'administrateur de la Marine de Saint-Brieuc, Charpentier.

En 1879 voici après abandon de Denis pour maladie, la composition du conseil d'administration :

 

   Œuvre de l'assurance sur la vie des marins 1879

   (Annuaire des Côtes-du-Nord 1879)

 

   Grival amiral président

   Vittu de Kerraoul, vice-président

   Gaultier du Mottay, conseiller gégnéral maire de Plérin

   Duval, président du conseil général

   Frélaut Ducours, vicaire général de Saint-Brieuc

   Monjarret de Kerjégu, contre-amiral, sénateur

   De Nantois, maire de Pléneuf

   Rioust de l’Argentaye, député, vice-président du conseil général

   De Tréveneuc sénateur

   Villeféron F. armateur

   Gautier, avoué, secrétaire, conseiller municipal

   Loncle, avoué, trésorier

   Bourgault, ex médecin de la marine

   Besnard armateur

   Le Couedic, avocat

   Bienvenue L, notaire

 

   La société, centrée sur le quartier de Saint-Brieuc, en raison du particularisme de Paimpol ne va bien démarrer qu'en 1879 avec l'adhésion du sous-quartier de Binic dont le sous-commissaire Fournier ajoute les 317 adhérents aux 131 du commissaire Charpentier, et l'approbation du Ministre de la Marine, amenant l'appui du préfet maritime, commissaire général du deuxième arrondissement.

De 1876 à 1879 seule la mortalité accidentelle a été prise en charge. Les pertes sont de 1,55 % en 4 ans. En 1880 les ressources sont :

 

   Un fond de 12.612 francs

   Un fond de roulement de 1.400 francs

   Le revenu du fond soit 550 francs

   Des primes de 3 francs par cotisant

   Des souscriptions de bienfaiteurs

 

   Le secours de 200 francs, versement unique, est étendu aux décès par maladie, par contre le passage au versement de 300 francs est différé.

Chez les Paimpolais la prime est de 1% sur les salaires et couvre les voyages d'aller et retour en Islande, les livraisons de morue et les transports de sel.

 

   En 1880 il y a une nette régression du nombre de adhérents qui passent de 448 en 1879 à 235, soit 192 pour Binic et seulement 73 pour Saint-Brieuc. La réduction est mise sur le compte de la diminution des effectifs de la grande pêche et de l'insouciance des marins. Le secours versé passe à 250 francs pour les marins qui renouvellent leur assurance.

 

   Pour faire face il est lancé des listes de souscription. Le nouveau commissaire de la Marine Laurent recueille 1.700 francs, le conseil général offre 250 francs, la section Binic reçoit 1050 francs et la section Saint-Brieuc 1.700 francs de la société Alfred de Courcy (Société de secours pour les familles de marins français naufragés). Le président de Saint-Brieuc, l'amiral Grival évoque la possibilité de fusion avec cette société nationale qui a des ressources bien plus considérables. La négociation ne peut aboutir car Grival désire garder le principe des cotisations annuelles, donnant droit à des secours d'un montant déterminé et non à des dons facultatifs.

 

   À Dunkerque seuls les armateurs cotisent, par contre l'inscription est obligatoire. Ce système d'après l'officier stationnaire Houette en 1895 est moins sûr :

Celle de Dunkerque, au contraire, à laquelle les marins ne participent guère, et qui paraît réservée aux armateurs et aux capitaines, après quelques année brillantes, est en train de se dissoudre

 

   On connaît mal la situation de la caisse de Saint-Brieuc entre 1880 et 1890, mais on assiste apparemment à une fonte des effectifs, probablement liée à la diminution des armements de Terre-Neuve et d'Islande. La société est riche mais n'a que 7 adhérents en 1890. 24 en 1892 et 3 en 1893 !

Depuis 1891 l'État veut favoriser le développement des caisses d'assistance mutuelle. En 1892 la Chambre de Commerce de Saint-Brieuc est saisie par un certain Decrais de l'exemple de la fédération des armateurs anglais (Shiping Fédération) à Londres, qui s'investissent dans l'assurance vie de leurs marins :

 

  C'est une affaire qu'elle entreprend, et pas autre chose, et on se flatte qu'elle sera fructueuse. Elle fortifiera, on I ‘espère du moins, la cause sacrée de la liberté du travail, elle contribuera à établir l'harmonie et la concorde entre capitaines et matelots, à créer une forte école de marins et par là, à diminuer les chances de grèves et de conflits. Si ces prévisions étaient déçues, la fédération des armateurs reprendrait sa liberté. Le capital qu’elle s'apprête à constituer serait dissous au bout d'une année et ferait retour à ses possesseurs.

Quel que soit I ‘avenir réservé à cette entreprise, il est permis de I 'envisager comme l'une des plus pratiques et des plus intéressantes de notre époque. L'Etat n’y est pour rien, bien entendu, et si elle réussit, c'est uniquement à I 'initiative privée, si hardie en Angleterre que reviendra le mérite de I 'avoir créé.

   (Comptes rendus des travaux de la Chambre de Commerce de Saint-Brieuc 1893 pour 1892)

 

   Lors du passage du commandant Bienaimé devant la Chambre de Commerce de Saint-Brieuc au début 1893 et peut-être à sa demande, le principe de la participation des armateurs à la Caisse d'Assurance Vie est acceptée sur la base de 1/300 des salaires. À la séance du 20 aout 1894 la Chambre décide d'appuyer le Comité Consultatif des pêches maritimes sur un projet de loi instituant une caisse nationale d'Assurances Maritimes Mutuelles entre les marins français et étendant la valeur des campagnes de plus de six mois des morutiers à celle de un an pour obtenir la retraite des Invalides de la Marine.

 

   Les assurés sont déjà 176 en 1894 où on assiste d'ailleurs à un regain des armements d'Islande. Ils passent à 746 en 1895, quand le commissaire de la Marine se décide à intervenir lui-même au moment de la revue d'armement. Lors de cette revue il fait un discours explicatif aux hommes rassemblés puis à chacun en particulier lors de la signature et du paiement des avances il pose la question et peu osent refuser.

 

   Les recettes de 1895 étaient de 3.430 francs, les dépenses 7.200 francs, soit une perte de 3.770 francs provenant du versement de 3.400 francs aux ayant droit des 13 disparus de la Mouette de Binic, ce quartier n'ayant encore apporté que 1.170 francs de primes.

 

   Visite des officiers du Stationnaire :

 

   Question 35 : II y a-t-il à bord des marins affiliés à une caisse de secours mutuel, à une société de prévoyance, à une société d'assurances ?

 

   Les réponses des Bretons sont très diverses !

 

   Perle de Binic " tous assurés sauf un qui, étant père de trois enfants, pense que s'assurer serait un brevet de mort.

 

   En 1896 le nombre d'assurés est passé à 1612 dont 819 provenant du sous-quartier de Binic depuis le 1er janvier 1896 ; il est donc à supposer que Binic avait quitté la mutuelle. Le capital est de 26.500 francs. À la suite de la dépêche ministérielle du 19 août 1895 reprenant la loi sur la Marine Marchande du 30 janvier (article 12) instituant une retenue de 4% sur les subventions à la Marine, la Chambre de Commerce accepte de désigner et de patronner les sociétés méritant de bénéficier de la répartition des sommes retenues, notamment la Société d'Assurances Vie des marins des Côtes-du-Nord pour 2.000 francs et la Caisse de Secours des Pêcheurs Islandais de Paimpol pour 1.500 francs.

 

   L'administration n'oublie pas de conseiller de faire appel en plus à l'esprit de charité dans les localités fréquentées par des colonies de baigneurs nombreux "surtout lorsqu'il se sera produit dans la région un accident de mer ayant impressionné le sentiment public"

 

   La participation de la Marine est tout acquise, au départ le commissaire harangue les hommes et à Islande lors de la visite de contrôle, dite de raisonnement, ils sont interrogés :

 

   Diligente de Binic " tous assurés sauf un qui dit que sa femme travaillerait s'il venait à disparaître"

   Binicaise de Binic " aucun assuré, il n'y a pas de caisse à Binic ( elle est à Saint-Brieuc ! ) "

   Jeanne de Dahouët " tous assurés caisse de Saint-Brieuc"

   Marie de Binic " tous assurés sauf un, versent 2 francs et I 'armateur 1 franc"

   Active de Binic " tous assurés sauf trois célibataires"

 

   On prévoit une diminution des assurés car les armateurs retirent leur participation de 1300. Il n’y a pas d'assurances mutuelles à Saint-Malo, Cancale ni Granville.

 

 Au 31 décembre 1900 le capital social de la société de Saint-Brieuc est de 37.998,19 francs en augmentation de 2.606,30 francs sur celui existant à la même date en 1899. Il n'a été payé en 1900 que 500 francs et, chose rare, on assiste grâce à la subvention de l'État à une augmentation du capital placé.

 

   En 1901 la société compte 720 adhérents. Elle est prospère car la plupart des victimes de la tempête de Pâques 1901 (revoir notre article « 20130405 Samedi de Pâques 1901 à Islande »)  avaient refusé de s'inscrire. en alléguant un double emploi avec la caisse de Prévoyance des Invalides.

 

 

J.G.

 

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