9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 12:30

 

La renommée de Paimpol fait oublier trop facilement les autres ports islandais bretons concentrés dans le quartier maritime de Saint Brieuc et sous-quartier puis quartier de Binic, qui sans avoir la même importance, étaient quand même bien présents et obligeaient Paimpol à tenir compte de leur existence en tant que compétiteurs au niveau du recrutement des hommes et de la vente du poisson. Ce sont d'ailleurs eux qui ont fait pour Islande les essais oubliés d’encaquage et de repaquage(*) (Binic) et d’utilisation de doris (Dahouët) sous l’œil intéressé de leurs voisins.

Le Révolution française a démembré la ci-devant amirauté de Saint Brieuc en deux quartiers maritimes Paimpol et Saint Brieuc duquel a été séparé temporairement un sous- quartier de Binic comprenant Binic et Portrieux ; Saint Brieuc proprement dit gardant Le Légué et Dahouët.

 

Avant le début de l'aventure d'Islande en 1857 tous ces ports voisins étaient spécialisés dans la pêche à la côte de l'île des Terres Neuves, Le Légué et Binic surtout, mais avec le déclin de la pêche côtière au French Shore après 1862 ils ont préféré rejoindre les Paimpolais, engagés à Islande depuis 1852 mais surtout 1856, que de fréquenter le Grand Banc comme les Malouins et les Normands.

 

Cependant, nous dit Habasque, en 1830 les navires de la baie de Saint Brieuc formaient la flotte morutière la plus importante du Royaume. Particulièrement les armateurs de Binic avaient toujours tenu tête aux prétentions des Malouins devant le Parlement de Bretagne et s’en faisaient gloire. Contrairement aux affirmations de Le Goffic ce n'est pas la pêche à Islande qui a fait la prospérité de Binic mais bien la pêche à la côte de Terre Neuve dite French Shore.

BINIC - Navires islandais rentrant au Port - Marcel Photo Binic

BINIC - Navires islandais rentrant au Port - Marcel Photo Binic

 

L'ensemble du quartier de Saint Brieuc, avec ses quatre ports Portrieux, Binic, Le Légué,  Dahouët, fut même assez longtemps proche des effectifs islandais de Paimpol, 43 navires contre 50 en 1870, 39 contre 39 en 1883 ( il y avait cette année là à Islande 67 navires bretons non paimpolais ). Mais la grave crise de 1886 rétablit la suprématie absolue de  Paimpol grâce au réalisme et à l'efficacité de ses armateurs qui surent investir sans lésiner et généraliser les salaires dits au tiers associant les hommes aux plus values de la vente mais aussi aux méventes, grâce aussi aux facilités qu'ils avaient de recruter les équipages  chez les Bas Bretons. Portrieux après un départ brillant ( jusqu'à 18 navires en 1870 ) cesse alors après cette crise comme Tréguier et Saint Malo la presque totalité de ses armements islandais. Le Légué s'y étant toujours peu investi et disposant d'un entrepôt en Douanes a préféré se reconvertir dans le cabotage et le Long Cours. Seuls vont rester en course avec Paimpol, Binic et Dahouët, lequel est souvent confondu dans les rapports officiels avec Saint Brieuc, qui représente en réalité le quartier, le port étant Le Légué.

 

Avant l’autre crise, celle de 1896, chacun de ces deux ports de Binic et Dahouët était remonté à un effectif de 16­-18 goélettes (mais Paimpol 80 quand même). Ils avaient beaucoup d'affinités entre eux, des liens familiaux entre armateurs, les mêmes conventions de paiement non indexé des hommes, dit à la morue (c'est pourtant à Dahouët qu'avait eu lieu en 1880 le premier essai de paiement au tiers) car le recrutement concurrençait les Paimpolais sur Plouha et Plouézec, ils fréquentaient les mêmes zones de pêche à l'Ouest de l'Islande avec escale préférée à Patreksfjordur.

DAHOUËT - Avant le départ pour la Grande Pêche – Coll. Michel Grimaud

DAHOUËT - Avant le départ pour la Grande Pêche – Coll. Michel Grimaud

  Dans la période de stagnation qui suivit la crise de 1896, Dahouët fut frappé par trois naufrages corps et biens ( Saint Michel et Capelan en 1901, Marie Berthe en 1903 ) sur une flottille réduite à 8 unités par suite des ventes de navires, avec disparition des armements correspondants De Kerjégu, Adrien Carfantan et Hamonet. Ces évènements ramenèrent la flottille à quatre unités ( Léon Carfantan et Peniguel ).

Pendant ce temps Binic résistait nettement mieux puisque de 9 en 1901 il remontait à 14 en 1906 ( armateurs Le Pomellec, Le Suavé Galerne, Verry-Carfantan ) et encore à 10 en  1910 malgré la concurrence des chalutiers. Binic s'est maintenu en Islande jusqu'en 1914 avec les goélettes Active et Pâquerette.

 

Dahouët avait abandonné la partie en 1913 en envoyant son dernier morutier islandais, la Paulette, rejoindre Ie Léon et la Henriette sur les bancs de Terre Neuve avec les six binicais Surprise, Mascotte, Glaneuse, ND de Rostrenen, Cyclamen et Gardénia et neuf paimpolais. Ce retour sur Terre Neuve, sur le Banc cette fois-là car la France avait abandonné en 1904 ses droits historiques de pêche à la côte, avait été réamorcé par la Mathilde en 1898 et en 1902, la Henriette de Léon Carfantan de Dahouët, Perceneige et Antoinette de Antoine Verry de Binic en 1903.

Ces efforts ne résistèrent pas à la guerre, après celle-ci il n'y avait plus aucun islandais dans les deux ports, mais un seul terre-neuvier, Brocéliande à Binic et un autre le Léon à Dahouët qui s'arrêtent tous deux en 1826-27. Le dernier pourrira lentement le long du quai et l'autre fera encore une carrière d'islandais et groenlandais à Paimpol.

 

Beaucoup plus que les Paimpolais qui fréquentaient facilement la côte Est et Faskrudfjord avec les Dunkerquois, les souvenirs d'Islande de Binic et de Dahouët sont associés aux fiords du Nord-Ouest, Patrixfiord et Dyrefiord ; c'est là et à Stadarstadt et Reykjavik que dorment la plupart de leurs morts dont la mer n'a pas voulu.

Paimpol était plus éclectique, tantôt Ouest tantôt Est sans doute en raison de la taille du poisson réputé plus gros quoique moins abondant à l'Est. Mais tous les Bretons avaient gardé de la fréquentation du French Shore un goût pour les descentes à terre bien plus prononcé que les Dunkerquois, en dehors des escales forcées ils descendaient au moins trois fois. Il est à remarquer que les marins représentés à laver leur linge aux eaux chaudes sont désignés comme "Paimpolais" par La Société Dunkerquoise ("Aux hôpitaux français d’Islande" page 30).

 

J.G.

 

 

(*)  Encaquage et repaquage :

Opérations de mise en barils de la morue, en mer et à Terre.

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