12 août 2021 4 12 /08 /août /2021 09:45

 

 

MM Le Goffic et Le Braz n'ont pas, comme en tant d'autres publications, fait oeuvre de poètes ou de romanciers mais d'enquêteurs et de publicistes très documentés, d'autant mieux renseignés qu'habitants et originaires de la Basse Bretagne, possédant la langue bretonne, ils ont obtenu dans cette région bien des confidences que d'autres n'auraient pas pu obtenir.

Léon Vignols cité par F. Chappé

 

Le cas Le Goffic est très différent de celui de son compatriote Le Braz qui lui est d'origine rurale, connaît le breton et par là a eu des contact profonds avec la population. Ce que l'on peut reprocher à Le Braz c'est justement d'être un peu trop à l'écoute des ragots de bistrot (affaire Aristide Marie Anne) mais on peut dire qu'il sait de quoi il parle, ce qui ne semble pas être toujours le cas avec le citadin Le Goffic, écrivain de valeur mais de fiabilité discutable à notre idée.

Il nous apparaît qu'il ne faudrait pas donner trop de poids à ce dernier en tant que témoin crédible des problèmes d'Islande, contrairement à l'opinion de F. Chappé (L'Epopée Islandaise ) :

« Le Goffic confirme l'état d'esprit rationnel qui a sous tendu ses études objectives »

« Le Goffic cherche à rationaliser le débat »

«...raisonnements très lucides « « reporter sagace et inquisiteur »

« les écrits dénonciateurs de Charles Le Goffic qui ont étoffé nos écrits de la double écriture »

 

Voyons quelques exemples d'extra lucidité du lannionais.

 

Iceland or Ireland ?

 

« God made the world and the devil made Iceland »

Avant Le Goffic les Angliches eux-mêmes disaient Ireland et non Iceland, et on comprend bien pourquoi ! Avec l'Islande et les Islandais ils n'avaient pas de contentieux important, ce qui n'était pas le cas avec les hommes de la verte Erin !

 

Paotred an taouen ( Goélettes d'Islande )

 

« comme qui dirait Jean Vermine »  

Voire, il y a encore ici un problème linguistique, car Jean n'aurait qu'un seul pou, ce qui ne suffirait pas à le classer dans les pouilleux ! Le citadin Le Goffic est un piètre bretonnant. On lui pardonnerait encore la coquille TAOU pour LAOU, mais il y a là un horrible barbarisme car dans tous les dialectes et sous dialectes bretons LAOU, des poux, est un pluriel collectif et LAOUENN un singulatif c'est à dire un seul pou. D'ailleurs Jules Gros ( trésor du breton parlé ) précise bien que l'emploi de LAOU dans KAMPAGN AL LAOU désignant la campagne de Terre Neuve est figuré, c'est la campagne de misère et non celle de la vermine.

 

La méconnaissance de la langue dominante en ce temps à Paimpol est très fréquente chez les reporters mais si on pardonne à Pierre Loti de ne pas savoir que Yann Gaos correspond au nom de famille Caous ( Kaouz ) qui subit la mutation G/K après nn, on s'inquiète quand Armand Dayot donne à Floury le surnom de L'HOMME au lieu de LOM qui est simplement son prénom Guillaume en breton.

 

Le feu de Saint Jean dans les mâts

 

On ne sait de qui vient l'idée saugrenue, de Sébillot, de Janvrais ou de Le Goffic de parler de feux de Saint Jean allumés dans une barrique dans la mâture des goélettes, mais ce serait le meilleur moyen de flanquer le feu au canot. Imaginez le spectacle !

Or les incendies de goélettes bretonnes sont extrêmement rares.

Théophile Janvrais :

Or à bord des navires islandais, on fait le soir de la Saint Jean un singulier feu de joie. Chacun veut y contribuer et apporte un vieux cirage. Ces vêtements après avoir été imprégnés de goudron et d"huile de foie de morue, sont empilés dans un baril que l'on hisse par un fil de fer à l'extrémité de la grande vergue. Après une prière prononcée tête nue et qui est suivie du chant de cantiques bretons, le novice grimpe à la grande vergue et met le feu au baril. La flamme est saluée par les acclamations de tous et les chants continuent jusqu'à ce que les derniers restes de ce bûcher soient tombés dans les flots. Le capitaine paie la double en l'honneur de la Saint Jean et le matin il paiera largement le café et les accessoires.

 

Le Goffic développe le même thème dans « Goélettes d'Islande ».

 

La fille du français de Patrixfiord

 

Le Goffic raconte la charmante anecdote de la fille qu'un marin français aurait eu d'une islandaise à Patrixfiord et qui y secondait sa mère à tenir un petit débit.

« Elle symbolisait l'accord de deux races : fidèle aux rites de l'hospitalité islandaise, elle leur présentait à leur entrée dans le boer, une jatte de lait où elle avait trempé ses lèvres, puis ces lèvres même à goûter »

 

C'est Aragon ( « Côtes d'Islande » 1873 ) qui rapporte l'histoire mais Le Goffic ne se rend pas compte que l'héroïne d'Aragon, Josépina Druel Josepdottir, parfaitement identifiée sur place, n'avait que treize ans et qu'elle mourut l'année suivante le 8 septembre 1874.

 

Le port de Binic et l'Islande

 

Binic, une petite anse charmante blottie dans le sable et les galets, entre sa colline et son ruisseau, n'était, hier encore qu'une station d'été pour les baigneurs de la ville voisine. La pêche d'Islande en a fait une vraie cité maritime.

 

Binic s'est faite cité maritime avant le temps d'Islande. Certes, en raison des difficultés de Dahouët puis de Portrieux et Saint Malo, Binic est devenu le deuxième port islandais de Bretagne en fin de siècle. Mais il se targue avant tout d'avoir été en 1845 le premier port morutier de France par ses campagnes à Terre Neuve, tenant tête aux exigences des Malouins vis à vis des autres Bretons et Terre Neuve en volume c'était bien autre chose que les expéditions d'Islande !

 

Veille qui a peur !

 

A la cape dans le mauvais temps sur les navires d'Islande comme d'ailleurs de Mer du Nord travaillant dans les mêmes conditions de pêche errante, la section ( bordée ) de garde descendait fréquemment se mettre à l'abri dans le poste d'équipage, abandonnant le sort du navire à la bonne volonté de la Providence, d'où l'expression proverbiale « Veille qui a peur ».

 

Sans doute il n'y a plus de veille, même pas d'homme de garde au bossoir. Mais la cape prise, la barre amarrée, il y a t-il intérêt à risquer du monde sur le pont à la merci des coups de mer? Les actes d'État Civil des rôles d'équipages abondent en comptes rendus d'hommes ou de bordées de veille enlevés par la mer en furie et il est tout à fait légitime de ramasser tout le monde en bas, surtout que dans le cas de menace de collision on ne peut pas manœuvrer.

Kermarrec sur le dundee Goélo en 1929 nous raconte bien qu'on soulevait le capot de poste de temps en temps pour évaluer la situation et au besoin faire une pisse sur le pont à partir de cette situation stratégique.

 

C'est tout ce qu'ont trouvé les armateurs

 

Il est donc permis de ne pas voir en Le Goffic un arbitre impartial quand il prend parti dans le différend entre Paimpol et Dunkerque au sujet de la date des départs pour la pêche.

A Paimpol cependant, le jour de la bénédiction des Islandais, la procession, armateurs en tête, défile par les rues en chantant un cantique à Notre Dame de Bonne Nouvelle. Le refrain de ce cantique est à la fois naïf et touchant.......

Et c'est à peu près tout ce qu'ont trouvé jusqu'ici les armateurs paimpolais pour assurer la protection de leurs équipages.

 

On comprend pourquoi le commissaire de l'Inscription Maritime de Paimpol, Moreau de Moncheuil traite le reportage de Le Goffic de pseudo enquête, lui qui démontre par une étude documentée et des chiffres la validité des armements bretons pour Islande et le stationnaire Pivet abondait dans ce sens. Les reproches du stationnaire Auvert en 1898 pleuvaient déjà mais sur les Dunkerquois pour le mauvais état de leurs navires.

Il est remarquable que tous les navires dont je viens de citer les noms appartiennent au port de Dunkerque.

 

Par la voix du vicaire général Le Provost en 1897 l'évêque de Saint Brieuc et de Tréguier ne se reposait pas uniquement sur l'intercession de la Sainte Vierge pour assurer la sécurité des marins d'Islande :

Honneur donc et reconnaissance aux armateurs qui ont eu la conception de ces constructions navales, toutes nouvelles ou remises à neuf, et qui en ont supporté les frais ! Honneur aussi et reconnaissance aux ouvriers qui ont travaillé par leurs ordres avec autant de conscience que de succès.

 

J.G.

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