14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 08:00

Il est remarquable que ceux qui veillaient les pêcheurs français d'Islande, tant œuvres catholiques (Évêché, Société des Œuvres de Mer) que laïques (Hôpitaux français d'Islande basés à Dunkerque), réclamaient avec insistance pour le service religieux, les maisons de famille, les hôpitaux, des infirmiers et infirmières sachant parler breton, sans chercher le même avantage pour les flamands cependant supérieurs en nombre.

 

Faskrudfiord Mlle Baudet ...  qui parle le breton et même l'islandais

 

Westman Mlle Hamon, une paimpolaise très dévouée, parlant le breton, et déjà familiarisée avec l'islandais... et un garçon de salle breton

Hôpitaux d'Islande Dunkerque 1910

 

M Frédériksen, qui parle déjà tant de langues, est bien capable d'apprendre notre vieille langue celtique

Évêque de St Brieuc et Tréguier à Mgr Van Euch 1896

 

Hôpital catho Faskrudfiord : Il faut un prêtre sachant parler français et breton, nous l'avons remarqué souvent…

Bulletin des Œuvres de Mer, jan 1901

 

La société des Œuvres de Mer est représentée à Faskrudeord par l'abbé Hamon

 

Commandant stationnaire Lefèvre au ministre 1904

 

On le comprend en partie quand on a constaté l'attirance plus prononcée de la fréquentation de la terre et de ses avantages par les armoricains. En 1910 la notice des Hôpitaux Français d'Islande éditée par les Dunkerquois présente une image de pêcheurs lavant leur linge dans les sources chaudes comme étant des Paimpolais. Cette fréquentation, croyons nous, est un héritage de leur passé au French Shore de Terre Neuve (encore en activité jusque vers 1880) mais ne peut tout expliquer.

 

Avant 1914 Paimpol, comme l'ensemble de la Basse Bretagne, était totalement bretonnant au point qu'un receveur des postes réclamait d'être déplacé dans une région où il pourrait comprendre la langue. Les rapports avec l'administration, notamment le passage de la revue devant monsieur le Commissaire, se faisaient par la traduction du syndic ou d'un employé d'origine locale.

 

Arch Brest 5 P2 9 - Paimpol juillet 1864 - Le breton est la langue du pays. La presque totalité des femmes et la majorité des marins n'ayant pas séjourné sur la flotte, ignorent complétement le français.

 

Et comme disait Louis Kermarrec encore pour les années 1930 : Ne oa ket tamm galleg ganeomp nemet pa lare ar c'habiten "lève lignes" :  On n'employait pas de français à bord sauf quand le capitaine commandait "lève lignes".

 

L'existence d'une langue différente chez les pêcheurs, tant hommes que état-major, car il ne pouvait être question pour le capitaine de ne pas être compris des équipages, et d'une connaissance approximative du français, était certainement une source d'incompréhension entre les capitaines des goélettes bretonnes considérés comme rustres, et les officiers de la Royale provenant d'un milieu de culture savante. Il est évident que les progrès de la navigation étaient véhiculés par l'école en français mais beaucoup considéraient que la navigation traditionnelle basée sur l'expérience, la routine pour les détracteurs, et l'oralité, était suffisante pour assurer la réussite et la sécurité de la campagne de pêche.

 

La terre des granits et des chênes, échappant pour près de la moitié à la langue française, se dérobe devant la diffusion de l'enseignement.

L J Barret La mutualité maritime 1907

 

On ne peut pourtant taxer les Bretons d'immobilisme intellectuel quand on lit les résultats d'enquêtes faites par les officiers de la Station sur le niveau d'éducation des mousses, sachant lire et écrire ou ayant leur certificat d'études :

 

 

Niveau d'instruction des mousses - rapport Lefèvre 1904

                       Navires        mousses    ne sachant    ne sachant      lire et     certificat

                                                       ni lire ni écrire     que lire           écrire

Dunkerque  37              40                  1                     2                   37

Gravelines       7                   7                  0                     0                     6              1

Paimpol       33                 39                  0                     0                   30              9

Binic               11                 12                  0                     0                   10              2

Saint Brieuc    5                   6                  0                     0                     4              2

 

On sait la réussite plus tard des finistériens dans le monde universitaire

 

La partie Est du département des Côtes du Nord à partir de Portrieux n'employait plus le breton mais un dialecte roman apparenté au français, le gallo. Les contacts, malgré quelques incartades verbales avec les compatriotes celtisants, étaient très bons et beaucoup comprenaient leurs voisins car un tiers des effectifs de Binic et Dahouët était recruté "chez les Brettes" surtout Plouézec, Plouha, Tréveneuc, Lanloup. Comme d'autre part les ports de langue gallaise étaient moins représentés en Islande que Paimpol et Tréguier, le français était minoritaire à bord des goélettes bretonnes.

 

Tout autre était le cas de Dunkerque la flamande. Contrairement à Paimpol qui devait céder le trop plein de ses équipages bretonnants à ses voisins, Dunkerque était au contraire amené de plus en plus à recruter vers l'Ouest dans les communes francisantes de proximité au point que vers la fin du XIXème siècle la situation était inverse de Paimpol :

 

A bord, le flamand n'est plus alors utilisé que pour les ordres et les injonctions.

 

A partir de 1890 la prépondérance du secteur Ouest se renforce progressivement. Gravelines et Fort Mardyck cumulent près de 55% des équipages dunkerquois en 1905.

           Melis

 

J.G.

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