1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 08:00

 

Les navires de travail ont emporté de tout temps des animaux en plus de l'équipage et autrefois les ducs de Bretagne  tenaient compte de leur présence à bord en cas de bris :

Si le navire pouvait se renflouer lui-même l'une des trois marées suivantes ou s'il était possible d'y demeurer vivant non pas seulement à un homme mais même au chien, au chat  ou au coq du bord, il n'était pas réputé brisé ni acquis au prince.

Planiol IV p 186   Archives Loire Inférieure  E 203

 

Ce règlement n'avait sans doute plus force de loi plus tard car on peut lire dans le Publicateur des Côtes du Nord qui annonce la prise :

Le navire Richard a été sauveté le 1er de ce mois dans la baie de Saint Brieuc par les soins du pilote Cornaly et autres bateliers qui sont parvenus à le conduire à quelque distance de la Tour. La cargaison de ce navire se compose de sel, de vin et de quelques caisses d'oranges (en grande partie avariées). Le navire de 3 à 400 tonneaux appartient, présume-t-on , à la Prusse. On n'a trouvé personne à bord hors un chien vivant, deux singes, quelques oiseaux étrangers morts.

 

Voir le sauvetage du Gloria de Bilbao par trois embarcations montées par quelques matelots et surtout des femmes de Groix en 1869. Le sauvetage ayant eu lieu en vue de la terre les sauveteurs ont droit à un tiers de la valeur, hors de vue ils auraient eu les deux tiers.

Ils ne trouvèrent qu'un chat et deux coqs pleins de vie qui accueillirent avec empressement leurs sauveteurs. Les trois animaux ont été adoptés par des habitants qui les conservent religieusement.

 

Nous laisserons bien sûr de côté comme animaux familiers les insectes parasites qui, dit-on, importunaient fort les matelots. On peut se demander d'ailleurs comment les parasites prospéraient tellement bien dans des vêtements exposées aux intempéries. Quant au niveau du cuir chevelu la présence sous la casquette de chiques chargées en nicotine devait freiner la prolifération des bestioles.

Par contre les populations de rats, à l'aise dans tous les recoins inaccessibles de la coque, se développaient à l'envie et on les entendaient farboter la nuit derrière les vaigrages et autres cloisons. S’ils ne devaient pas faire honneur à la morue salée de la cale ils trouvaient facilement leur subsistance dans les provisions d'équipage et les déchets de poisson sur le pont. On était donc obligé de les éliminer de temps en temps par des fumigations soufrées ce que l'on appelait le parfumage, mais en faisant attention à ne pas asphyxier aussi des humains comme cela arrivait de temps en temps :

 

Publicateur des C d N  1873

Paimpol  Le nommé Yves Gouézou, marin retraité, habitant au lieu dit Talaverat en cette commune, était dans la nuit du 23 février gardien à bord du navire la Marie Joséphine de Paimpol, appartenant à un armateur de Ploubazlanec, M. Scolan. Au milieu de la cale on avait allumé la veille dans un chaudron un feu de charbon et de souffre, afin de faire une fumigation pour détruire les animaux nuisibles qui pouvaient se trouver à bord. Tous les panneaux étaient fermés à clef.

Voulant s'assurer vers 10 heures du matin que le gaz carbonique avait brûlé, Gouézou pénétra dans la cale et ce ne fut que tard dans la journée que sa femme en voyant son absence se prolonger, se rendit au navire qu'elle ne put aborder à cause de la marée qui était haute à ce moment. Elle dut se contenter de l'appeler à plusieurs reprises mais sans recevoir de réponse. Elle prit le parti de revenir chez elle et revint peu après accompagnée du nommé Le Moign qui se proposa de l'aider dans ses recherches. A cinq heures et demi le retrait de la mer s'étant opéré, ils purent facilement aborder le navire.

Dans le canot qui se trouvait à coté étaient ses bas et ses sabots, son gilet et son chapeau étaient sur le pont et par la porte du panneau qui était ouverte ils aperçurent au fond de la cale le corps de Gouézou privé de vie.

 

 

Les deux chiens du "La Rochejaquelein"

Les deux chiens du "La Rochejaquelein"

Le meilleur ami du marin

L'animal domestique le plus courant à bord était sans conteste le chien et le modèle le plus courant était le chien de Terre Neuve qui y avait vraiment son utilité. C'était un chien radar efficace sur les goélettes d'Islande quand les nuits de gros temps elles étaient mises à dériver à la cape, avec risque de collision, et qu'il n'était pas possible de garder du monde sur le pont pour surveiller. Les sens développés de l'animal lui permettaient d'ailleurs de remplacer avantageusement l'homme de bossoir et de prévenir du danger si tant on pouvait éviter la collision.

Le chien avait aussi l'avantage pendant la pêche de récupérer les poissons décrochés de l'hameçon car il ne craignait pas le bain dans la mer froide. Il s'y jetait facilement, l'essentiel était de le récupérer pour le faire remonter à bord mais on ne mettait les lignes dehors que par temps maniable.

 

Journal de Paimpol  1877

Or pendant la pêche, Gicquès l'œil attentif, les oreilles dressées, assis sur le plat bord du navire, épiait les mouvements de pêcheurs jetant et retirant leurs lignes. Une morue échappait elle à l'hameçon, le chien se précipitait à l'eau avec la rapidité de l'éclair, saisissait le poisson et le ramenait à bord; quand la morue plongeait il la poursuivait dans les profondeurs de la mer et s'emparait souvent de sa proie à vingt brasses de fond.

Gicquès a ainsi pêché pendant la dernière campagne 223 morues.

 

Mais il fallait laisser ce rôle au chien et ne pas imiter Jégou de la Caroline

Procès verbal de disparition goélette Caroline 1894

Le nommé Jégou Guillaume s'est déshabillé en partie ne gardant sur lui qu'un caleçon et une flanelle. Son dessein était de rattraper une morue halée à la fleur de l'eau. Sitôt que je le vois je lui crie de s'en retourner à bord, il continua sa route vers la morue. Aussitôt Le Roy François se déshabille  et vivement prend la bouée de sauvetage au bout d'une ligne de pêche et parvient à la lui capeler autour du cou, malheureusement il était déjà saisi par le froid et la bouée décapela par-dessus sa tête. Le Roy revint à bord déjà saisi lui-même.

 

Un intérêt majeur du chien de Terre neuve était en effet le sauvetage en mer :

Publicateur 1865  naufrage du lougre Grâce de Dieu de Binic  capitaine Corbel.

Le chien du bord n'ayant pas été embarqué dans le canot est resté dans le navire tant qu'un morceau a été flottant et ne s'est jeté à la nage dans le brisant que lorsqu'il n'y avait plus de point solide à bord. Il a été assez heureux pour sortir sain et sauf des brisants de la côte.

 

Publicateur 1866

Un chien de Terre Neuve a seul survécu à cet affreux sinistre. Le pauvre animal avait réussi après des efforts inouïs à traîner jusqu'au rivage le corps inanimé de son maître près duquel on l'a trouvé couché.

 

Le danger était que le chien prenne son rôle de sauveteur trop au sérieux :

Publicateur des Côtes du Nord  1855

Il y a deux jours dit le Messager de Bayonne le sieur Mathurin Lhotellier de la goélette Maria Elia de Saint Brieuc, mouillée dans notre port, se baignait dans l'Adour. Vigoureux et habile nageur le capitaine breton s'était considérablement éloigné de son bord, lorsqu'il fut aperçu au milieu du fleuve par un chien de Terre Neuve appartenant au capitaine commandant le beau trois mâts la Perle. Poussé par l'instinct des animaux de sa race le terre neuve croit que le nageur est un homme qui se noie et, voulant le sauver, il se jette à l'eau du haut de la dunette, nage vigoureusement vers le capitaine Lhotellier qu'il atteint bientôt et dans lequel il enfonce ses longues et blanches dents. La douleur arrache un cri au brave breton  qui plonge aussitôt pour se débarrasser de son dangereux sauveur. Le chien plonge avec lui et l'atteint encore aux reins. Cette manœuvre se renouvelle six fois et six fois le chien poursuit sous l'eau l'homme qui veut lui échapper. Le capitaine courait un grave danger, ses forces s'épuisaient, lorsque ses cris furent heureusement entendus par un des ouvriers des chantiers de construction, le sieur Etienne Lafond, qui se jeta dans une embarcation et ramant vigoureusement vint recueillir l'homme en danger de mort et l'amener à terre tandis que le chien de Terre Neuve, heureux de voir accomplir par un autre la tâche qu'il s'était donnée, regagnait tranquillement son bord.

 

Non sans esprit de dénigrement un médecin des Œuvres de Mer prétendait que le chien du bord se faisait une couche dans le coffre à médicaments. A la comparaison de la taille des coffres garnis de tiroirs et de la taille standard du chien de terre neuve on peut être très sceptique sur la fréquence du cas.

A signaler une naissance en mer sur la goélette Edelweiss en 1912 :

Livre de bord : 30 mars Diane a eu trois petits.

Mais la chose devait arriver de temps en temps.

Histoire d'un chien français.   Maria Oskardottir  trad Herrieu.

Alors que Hjalti Jonsson se trouvait à Hafnir, une goélette française échoua au niveau de Grindavik et aucun des hommes ne parvint à terre vivant. Seul un chien se sauva du naufrage. Il s'agissait en fait d'une chienne, très grande. Elle attendait des petits chiots. Le prêtre d'Utskali, Sera Magnus Thorariisson obtint la chienne. Il parlait très bien français, de sorte que la chienne le comprenait. Elle était très intelligente. Elle suivait toujours le prêtre, sauf quand celui-ci se rendait à l'église pour la messe. Elle se couchait alors près de son attirail équestre et en tenait la garde. Un jour un gosse vint à s'amuser avec la selle. La chienne le mordit méchamment à la cuisse. C'est pourquoi on l'attacha.

 

En effet il faut faire attention au chien en Islande comme ailleurs.

Un homme de la Louise ayant été mordu très profondément à la face par le chien du capitaine, j'ai fait prendre cet homme à l'infirmerie du bord pendant le séjour de la Manche. Il a d'ailleurs été constaté que le chien en question n'était nullement atteint d'hydrophobie.

Capitaine de frégate Aubert  1897

 

Mais le mordeur n'était pas toujours un chien :

Lavigne Charles de la Glaneuse de Dahouët a subi une morsure de la face dans une rixe et a repris la pêche.

Capitaine de frégate Le Cannellier  1903

Le matelot mordeur n’était pas non plus enragé.

 

Poules et cochons

Les poules et les cochons se rencontrent assez souvent à bord des terre-neuviers et long courriers.

Assez fréquemment sur les photos d'équipage on remarque un homme tenant le cochon du bord en laisse, sur la photo ci-dessous on voit même quatre cochons en liberté sur le pont du Zazpiakbat, sur une autre des poules près des doris. Les islandais eux n'avaient pas assez de place sur le pont et préféraient amener le porc et les poules sous la forme de lard tout prêt et d'œufs tout pondus.

 
Les animaux du bord

L'étable du navire stationnaire de surveillance.

Les messieurs officiers de la Royale ne se privaient pas de brocarder les « odeurs de bétail humain » se dégageant du poste d'équipage des pêcheurs de morue. Il est vrai que les bulots pris pour appât par les terre-neuvas faisandaient au bout de quelques jours sur le pont, que la morue préparée ne sent pas spécialement le patchouli et que se décrasser n'était pas aisé pour les hommes sur le Banc par manque d'eau douce. Certes il était plus facile chez les militaires de faire pratiquer la propreté tant des individus que des locaux, mais qu'en était-il de l'étable de huit à dix bœufs sur pieds chargés en Ecosse sur la route Islande afin d'approvisionner le navire militaire en viande fraîche? Ca ne sentait pas sans doute très bon non plus!

En dehors de ce cas on n'embarquait pas de vaches sauf pour les transports de bétail.

 

Publicateur 10 avril 1869 n° 15

Le 26 mars le cutter anglais Frances and Mary avait quitté le port de Morlaix à marée descendante, ayant à bord un pilote pour le conduire en dehors des passes du château du Taureau à l'embouchure de la rivière de Morlaix. Le capitaine croyant se passer d'aide renvoya le pilote avant d'être mis au large. Mal lui en prit car, drossé par le vent et le courant son navire vint donner contre un rocher et chavira. Vingt bœufs sur vingt deux qui se trouvaient à bord furent noyés; les deux autres en compagnie de trois porcs parvinrent seuls à gagner la terre à la nage.

Pour l'équipage ils se sont sauvés dans un canot.

 

Même s'il n'en a pas l'occasion bien souvent le porc doit donc savoir nager, les bovins seraient moins doués pour la natation. Les chevaux nagent très bien, les cultivateurs de la côte les amenaient souvent à la baignade en mer du temps où les plages n’étaient pas encore prises par les baigneurs humains. Les journaux annoncent quelques accidents de jeunes gens partis au large accrochés aux chevaux qu’ils gardaient.

 

J.G.

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